Recherche financière

Création d’une base de données européenne

Les chercheurs en finance disposeront bientôt d’un agrégateur de données européen. Celui-ci, baptisée IODS, a pour ambition, non seulement de consolider les données en provenance de tous les pays européens, mais aussi de les rendre comparables : de quoi faciliter le travail des chercheurs !

L'auteur

  • Didier Davydoff
    • Directeur général
      IODS
    • Directeur
      Observatoire de l’Epargne Européenne (OEE)

Quels sont les enjeux pour les chercheurs de disposer de données statistiques d’origine européenne, plutôt qu’américaines ?

Elle est nécessaire pour que les chercheurs puissent développer des travaux fondés sur les spécificités des marchés européens. Et dans cette perspective, la proximité est un atout, comme le montrent certains exemples dans le passé : ainsi, la Bourse de Paris a été parmi les premiers à diffuser des données sur les marchés électroniques à une époque où les Américaines en étaient encore à la criée. Grâce à cela, une équipe de chercheurs de  l’Université de Toulouse dont Bruno Biais, a pu publier des travaux pionniers sur la microstructure des marchés dans le Journal of Finance qui est la meilleure revue internationale de recherche en finance. L’Ecole française a ainsi pris une longueur d’avance. Les chercheurs de Toulouse ont pu faire cela car ils étaient personnellement en relation avec les responsables de la Bourse et de ses membres, ce qui leur a permis de connaître immédiatement le contexte, les pièges à éviter, la réalité des choses derrière les données. Ils ont eu une compréhension des données beaucoup plus facilement que ne l’aurait eu un chercheur américain qui aurait travaillé seul sur des données françaises.

Les données d’origines très diverses fournies par la base seront-elles comparables ?

La première valeur ajoutée est de consolider sur un point d’accès unique des données en provenance de tous les pays européens. Mais en effet, les données seront retravaillées pour être proposées sur des formats harmonisés.

Par exemple, pour les données de marché, même quand les Bourses fusionnent, les marchés et les procédures restent nationaux : ainsi les algorithmes d’exécution des ordres de bourse ne sont pas nécessairement identiques d’un pays à l’autre. Dans ce cas, nous serons capables d’expliquer les différences.

Nous proposerons une offre de services au moins aussi importante  que les données elles mêmes et serons à la disposition des utilisateurs pour leur fournir des explications, voire même pour écrire des programmes standard en finance, par exemple calculer des coûts transaction implicites sur les marchés en tenant compte des spreads entre prix proposés à l’achat et à la vente; nous répondrons presque sur mesure aux demandes qui nous serons soumises.

Vous allez travailler avec divers fournisseurs de données : Bureau Van Dijk, Thomson Financials, Morningstar…N’existe-t-il pas un risque de concurrence avec ces derniers ?

Les partenariats avec les fournisseurs de données sont articulés pour éviter cela. Ainsi certains cherchent à développer une clientèle universitaire mais ils ont compris que nous aurons un levier plus important auprès de cette cible. D’autres ont déjà des clients dans le monde académique mais préfèrent que nous les prenions en charge car cette clientèle est très chronophage : les chercheurs ont souvent besoin d’informations ou d’explication approfondies et détaillées sur les marchés. Parallèlement des partenaires souhaitent continuer à travailler directement avec les professionnels dans les établissements bancaires, auprès desquels nous n’interviendrons donc pas, dans ce cas. Chacun de nos utilisateurs aura une accréditation à géométrie variable, qui dépendra de la politique suivie par chaque fournisseur de données, et éventuellement des accords qu’ils auront passés directement avec ces derniers.

Qui sont les investisseurs de ce projet ?

Signalons que nous avons bénéficié d’un soutien décisif de la communauté financière française : la nouvelle société compte quatre actionnaires principaux qui sont la Fondation INSEAD, l’OEE [1], la Caisse de Dépôts et le Groupe Viel. Mais l’OEE est une association dont les moyens financiers ne lui permettaient pas d’investir autant que souhaité dans le capital de la société. Elle a donc fait un appel de cotisations exceptionnel, auquel ont répondu la Banque Postale, BNP Paribas, CNP Assurances, le Crédit Agricole, la Société générale, et pour un montant très significatif, la Banque de France. Ces ressources ont permis à l’OEE d’être présent quasiment à égalité avec l’INSEAD dans le capital de IODS. L’intervention de Vivien Lévy Garboua [2] a été décisive pour cristalliser le soutien des banques.

Quelle sera votre équipe pour assurer le fonctionnement de IODS ?

Elle comprendra à terme une dizaine de personnes. Nous allons recruter un spécialiste de chacun des domaines de données couverts : les marchés, l’épargne, les fonds d’investissement et les entreprises.

Nous travaillons par ailleurs avec Eurofidaï qui est un laboratoire de recherche du CNRS de l’Université de Grenoble : leur informaticien est en train de définir le schéma fonctionnel de notre architecture informatique dont la construction sera ensuite sous-traitée à une  SSII.

Puis nous recruterons un commercial qui interviendra auprès des clientèles académique et professionnelle. Notre première cible est la France mais nous irons aussi dans les grandes capitales financières et universitaires : Francfort, Mannheim, Rome, Milan, Madrid, Londres, Amsterdam…

Quel est l’objectif de rentabilité que se fixe la société ?

Nous avons comme objectif d’atteindre l’équilibre d’ici à trois ans.

[1] Avec la Caisse des Dépôts et Viel Compagnie

[2] Senior Advisor chez BNP Paribas

 

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