Core banking : coup de jeune au cœur des SI bancaires

Au cœur des systèmes d’information (SI), le core banking ne fait pourtant pas souvent parler de lui. Après une phase de concentration intense du côté des éditeurs, les évolutions toujours plus rapides du métier forcent les banques à se replonger dans les entrailles de leurs SI.

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  • Jean-Philippe Bersier, ERI

    Jean-Philippe Bersier, ERI

  • Henri Assaf, SAB

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  • Alexa Guenoun, Temenos

    Alexa Guenoun, Temenos

  • Tecla Solari, Avaloq

    Tecla Solari, Avaloq

  • Les acteurs du Core banking

    Les acteurs du Core banking

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°769

Données personnelles : une protection de plus en plus renforcée

Au cœur de l’informatique de toute banque se trouve le core banking, qu’il s’agisse d’une plate-forme informatique montée de toutes pièces en interne, au fur et à mesure de l'informatisation des grandes banques, ou de solutions clés en main fournies par certains éditeurs aux structures plus petites (banques privées ou d’investissement, filiales de grands groupes ou établissements de paiement) (voir Encadré). Pour autant, comment définir le core banking ? Nul ne semble s'accorder sur une définition. Tecla Solari, directrice générale France et EMEA d’Avaloq, le définit comme « historiquement, même si c’est réducteur, les fonctions de base de la banque : tenue de compte, moyens de paiements, crédits et épargne ». Philippe Schintowski, directeur stratégique d’Avaloq, estime que « dans le langage courant en France, il désigne des solutions bancaires intégrées. Dans la perception des gens, il s’agit d’offres front-to-back avec des densités différentes, mais peu de produits répondent réellement à cette définition. »

De moins en moins de core banking à l’ancienne

Pour Alexa Guenoun, responsable France de Temenos, le core banking « est à la base tout ce qui est mission critique et au centre du système d’information dans une banque. Aujourd’hui, l'approche du core banking est différente suivant le métier. Typiquement, en banque de détail, le cœur est rarement fait d’un seul système. On voit aujourd’hui des composants que nous avions l’habitude de traiter dans un ensemble. C’est moins intégré. Ce n’est pas encore tout à fait le cas à l’étranger et dans les pays émergents. Le core banking était vraiment le système intégré front-to-back au cœur du SI. Ce sont des systèmes beaucoup plus distribués avec des architectures plus compartementisées. Il y a de moins en moins de core banking à l’ancienne. » Henri Assaf, directeur général et cofondateur de SAB a une approche plus classique : « À l’origine, le core banking était la couverture de toutes les fonctions communes à toutes les banques, mais cela a changé avec le temps. Désormais, il assure la couverture de toutes les opérations bancaires et de tous les aspects réglementaires qui vont avec. Aujourd’hui, nous constatons que l’aspect réglementaire intervient en profondeur dans le système d’information : antiblanchiment, gestion des risques, traçabilité des opérations. » Enfin, pour Jean-Philippe Bersier, directeur business development chez ERI, « Il y a globalement deux approches générales, suivant le métier et surtout la taille de la banque : une approche basée sur un Core Banking System qui ne traite principalement que le système comptable et transactionnel, complété par des satellites orientés « métier » (crédits, titres, paiements etc…) et une approche basée sur des systèmes bancaires intégrés proposant un maximum de fonctionnalités au sein du même applicatif. Aujourd’hui, il n’y a que très peu de purs systèmes de core banking sur le marché. Quasiment tous les progiciels sont des systèmes bancaires intégrés. Mais ceux-ci sont rarement utilisés au maximum de leurs capacités, cela dépend de l’architecture et de l’historique. Notre expérience démontre qu’il y a autant de manières d’utiliser OLYMPIC Banking System que de clients OLYMPIC Banking System.»

Malgré toutes ces réponses extrêmement variées, et elles seraient encore plus diverses d’un directeur des services informatiques de banque à l’autre – en fonction de la ou des activités principales de l'établissement, de sa taille, de son histoire, mais également de ses futures évolutions –, le core banking regroupe peu ou prou toutes les opérations informatiques de base vitales à l’activité bancaire. Les métiers bancaires évoluant, avec l’arrivée de nouvelles règlementations, mais également de nouveaux canaux de communication avec les clients (Internet au début des années 2000, puis applications mobiles et réseaux sociaux), de nouveaux moyens de paiements (au format SEPA, paiements sans contact avec une carte ou un téléphone mobile), et d’autres règles bancaires (avec, par exemple, l’arrivée de la finance islamique sur certains marchés), le core banking ou ce qui en tient lieu doit évoluer.

Le core banking devient une affaire de spécialiste

Comme l’explique Jean-Philippe Bersier, chez ERi, ce n’est pas une mince affaire : « les grandes banques – Tier 1 – ont généralement leur Core Banking maison développé depuis 30 à 40 ans et complété par des packages spécialisés. On arrive fréquemment à 80 ou 100 applicatifs interconnectés. Les banques très régulièrement rénovent de manière incrémentale leurs plateformes maison, ne serait-ce que parce que les infrastructures l’exigent (obsolescence, fin de support). Le nombre de constructeurs informatiques a extraordinairement diminué durant ces vingt dernières années. Il n’y a plus guère que trois grands systèmes de bases de données pour faire tourner des systèmes bancaires : DB2, Oracle et SQL Server. Le cycle de renouvellement est long, car les investissements sont colossaux, et comme on touche au cœur des systèmes d’information, il faut une grande stabilité. Plus on descend bas dans les couches du SI, plus le cycle de vie est long. Les banques investissent constamment à tous les niveaux pour rénover leurs systèmes d’information, mais à des « vitesses » différentes ». Et les petites banques ? Elles n’ont pas les moyens d’avoir beaucoup de développements internes, ni de services informatiques dédiés. Certaines se tournent alors avec une offre en mode Saas (Software as a Service, souvent aussi désigné comme le Cloud). « Le core banking devient une affaire de spécialiste, constate Henri Assaf, les nouveaux entrants dans la banque, ou les établissements de paiements ont l’habitude du Cloud. » Sa société qui a été l’une des premières à proposer un service de Cloud bancaire a constaté une forte demande pour ce type de service en 2013 : « la moitié de nos nouveaux clients en 2013 ont été des clients en mode Saas ».

Une souplesse architecturale poussée par les clients

Ce renouveau constant des banques pousse également les éditeurs de progiciels à s’adapter s’ils ne veulent pas laisser la place à de nouveaux entrants (voir encadré). Philippe Schintowski estime ainsi que « les banques ne doivent plus attendre six mois avant de sortir une nouvelle offre commerciale. Il leur faut des architectures nouvelles, en temps réel, orientées objet pour créer des liens entre les produits et les clients. » Et c’est cette souplesse qu’elles attendent d’un éditeur de core banking. Alexa Guenoun parle même d'une vraie révolution remontant à environ 4 ans : « À l’époque, notre produit phare, T24, était intégré. Aujourd’hui, les très grandes banques ne voulant pas remplacer d’un coup leurs systèmes, nous avons dû composantiser des pans entiers de notre business pour n’installer chez nos clients que la partie compte, ou crédit. Nous avons maintenant une bonne quinzaine de produits répartis par ligne : banque privée, business intelligence, évaluation de portefeuille, lutte contre le blanchiment d’argent et la fraude, réparation de flux pour les grandes centrales de paiement… » Sous forme de « module » ou « composants », les éditeurs de core banking ont dû adapter leurs solutions pour continuer à servir leurs clients habituels (en France, les banques de petite taille ou de taille moyenne et les filiales internationales des grandes banques), mais également aller vers de nouveaux marchés : aussi bien les établissements de paiement – comme le Compte Nickel qui s’appuie sur SAB (voir p. xxx) – que les grandes banques qui vont s’appuyer sur certains de leurs modules (dans le Cloud ou en intégré) pour développer de nouvelles offres, quitte à les réinternaliser ensuite.

 

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