Moyens de paiement européens

Le Club SEPA sonne la mobilisation générale

Le Club des conseils, experts et SSII SEPA (2CE2S) s’est fixé comme objectif d’aider les entreprises, notamment les PME, à mener à bien leur bascule SEPA. Dans l’urgence, la fin de la période de migration étant fixée à février 2014.

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Revue de l'article

420 jours ! C’est le délai dont disposent les entreprises avant la bascule définitive aux moyens de paiement européens le 1er février 2014. Seront-elles toutes prêtes ? Pas si sûr (voir Encadré 1).

C’est en partant de ce constat qu’Hervé Sitruk, Jean-Yves Garnier, Laurence Tabau-Daugé et Jean-Louis Biasin, qui évoluent dans ce secteur depuis de nombreuses années et sont impliqués dans diverses instances de Place (voir Encadré 2), ont décidé de créer début avril 2012, sous forme d’une association à but non lucratif, le Club des conseils, experts et SSII SEPA (2CE2S).

En fait, Hervé Sitruk est en quelque sorte un « récidiviste » : en 1997 déjà, il avait fondé le Club Euro des consultants pour aider les entreprises à passer le cap de la monnaie unique. Le modus operandi adopté est le même pour ce nouveau club, mais avec une contrainte supplémentaire de taille : alors que le Club Euro était opérationnel très en amont de la bascule, le 2CE2S joue les urgentistes, avec 14 mois à peine pour intervenir.

Un long chemin

Et la tâche s’annonce rude : « Le SEPA n’est en France le projet de personne » constate Hervé Sitruk. N’y aurait-il aucun pilote dans l’avion ? Comme « la Commission européenne a choisi de favoriser un modèle de paiement d’inspiration germanique, les établissements financiers font leur part de boulot, sans plus », affirme Hervé Sitruk [1]. « Les grandes entreprises ont restreint le projet à un chantier informatique, sans dimension stratégique; les entreprises de taille moyenne comptent sur les fabricants de logiciels pour sortir les produits ad hoc ; et les TPE sous-traitent la totalité de l’affaire à leurs experts comptables, qui souvent ne sont pas plus au courant qu’eux ». Et l’État dans tout cela ? Alors qu’aux Pays Bas, des campagnes d’affichage grand public sont lancées pour alerter sur cette échéance, les pouvoirs publics français semblent occupés par d’autres priorités : perte du AAA, réforme budgétaire, bancaire, etc. Sombre constat !

Multiplier les échanges

Le 2CE2S s’est donc fixé comme priorité d’aider les entreprises, les grandes mais aussi les PME/TPE, et les banques, pour mener à bien leur projet de migration. Pour y parvenir, il cherche à fédérer les efforts et les bonnes volontés de leurs principaux partenaires : consultants, experts comptables ou encore SSII. 25 d’entre eux adhèrent déjà au club, l’objectif étant de dépasser les 50 signatures d’ici à février 2013. En outre, le club a le soutien officiel de la Banque de France et de la FBF, un symbole important pour montrer que la mobilisation doit être aujourd’hui générale.

L’offensive porte sur trois fronts : la communication, les règles pratiques applicables et la formation. Au sein même du club, les membres se rencontrent tous les mois pour confronter leurs expériences respectives, « dans le respect de la compétition entre eux » souligne Jean Yves Garnier. Le 2CE2S cherche également à porter le message dans toutes les instances qui peuvent servir de caisses de résonnance, par exemple les associations professionnelles telles que le MEDEF, la CGPME, la DFCG, ou encore, en régions, les chambres des métiers ou d’agriculture.

Une parole juste

Communiquer, certes, mais pas n’importe comment. « Nous voulons apporter une parole juste et précise, ajoute Jean-Yves Garnier. Beaucoup de choses ont été dites ou écrites qui sont parfois contradictoires; il n’est pas étonnant que les entreprises soient perdues, confrontées à ces informations très hétérogènes. » Pour être bien renseigné, le Club SEPA participe en tant qu’observateur au Comité national SEPA. Ce qui ne l’empêche pas de rectifier à l'occasion la communication officielle : « Le débit direct a été présenté comme un prélèvement européen, souligne Hervé Sitruk, ce qui laisse entendre qu’il présente des caractéristiques proches des prélèvements français, alors qu’il fonctionne sur des règles fondamentalement différentes. » Le prélèvement suppose en France une logique de paiements réguliers, selon un formalisme destiné à protéger le débiteur, en donnant notamment à sa banque la capacité de s’interposer face au créancier ; rien de tout cela ne se retrouve dans le débit direct : il peut être utilisé en tout lieu, pour des paiements ponctuels, non récurrents, et les banques sont quasiment éliminées du circuit. « Dire que le débit direct est un prélèvement est un abus de langage: pour éviter la confusion auprès des entreprises, il vaudrait mieux leur expliquer que, comme le TIP, le prélèvement va disparaître, mais qu’elles disposeront d’un nouveau moyen de paiement, et en détailler les différences » soutient Hervé Sitruk.

Il n’est jamais trop tard

Et il ne désespère pas de remettre le SEPA sur d’autres rails : « L'industrie des moyens de paiement française est parmi les plus performantes en Europe: elle est particulièrement innovante et se distingue par la qualité de ses systèmes. » Sous-entendu, les autres pays européens tireraient un grand profit d’adopter ce modèle, plutôt que de s’aligner sur le moins-disant. Il entend bien le faire savoir et parvenir à convaincre, surtout à Bruxelles. « Il n’est jamais trop tard » affirme Hervé Sitruk.

[1] Avec notamment la suppression des interchanges, qui fondent le modèle français et sa principale caractéristique, l’interbancarité.

 

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