Mobile World Congress

« 2013 sera l’année du paiement, 2014 celle du déploiement massif du transport »

Alors que le Mobile World Congress de Barcelone vient de s’achever, Thibault de Dreuille nous a reçu pour faire un point sur le sans contact mobile en France, qu’il s’agisse de paiement ou de services associés.

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°758

ISR : va-t-il devenir la norme ?

Qu’est-ce que l’AFSCM [1] ?

L’AFSCM est une association créée à l’origine par les opérateurs de téléphonie mobile (voir Encadré). Quatre opérateurs aujourd’hui sont membres de l’association : Orange, SFR, Bouygues Telecom et NRJ Mobile. Se sont associés à l’AFSCM des fournisseurs de services comme les banques (Société Générale, BNP Paribas, CIC Crédit Mutuel), des entreprises qui développent des services de fidélité, la distribution, des fournisseurs de tags sans contact et des industriels, dont la plupart des gros fournisseurs d’équipements, notamment de cartes SIM, que sont Gemalto, Oberthur ou Morpho, tout l’écosystème des entreprises qui aujourd’hui équipe ou déploie des services sans contact.

Combien y a-t-il de téléphones NFC Citizy [2] en circulation en France ?

Il y avait, à fin décembre 2012, 2 500 000 clients équipés de téléphones NFC Citizy, donc susceptibles d’utiliser des services. On était à 1 million au mois de juillet, donc nous avons une très forte progression de l’équipement, liée au taux d’équipement des Français en smartphones qui atteint presque 50 % aujourd’hui. Et les principaux constructeurs développent des téléphones qui sont maintenant NFC [3].

Que faut-il pour être NFC Citizy et pas seulement NFC ?

C’est une couche logicielle supplémentaire dans le téléphone puisqu’il faut que le module radiofréquence puisse communiquer avec une application dans le téléphone et les éléments de sécurité intégrés dans la carte SIM. Le modèle qui a été développé par les industriels et les opérateurs est un modèle SIM-based, avec toutes les données sécuritaires intégrées dans la carte SIM. Donc un téléphone NFC standard ne permet pas de communiquer entre la carte SIM et le système antennaire. C’est ce modèle que nous avons développé depuis 3 ans à l’AFSCM, ce mode d’interconnexion qui permet de garantir la sécurité et l’étanchéité des informations d’un service à un autre. Ce qui était une nécessité pour les services bancaires qui souhaitaient le maximum de sécurité autour des offres à proposer à leurs clients.

Donc les solutions de cartes SIM intégrant le NFC, régulièrement présentées au Salon Cartes, ne peuvent être compatibles avec Citizy ?

Non, elles ne répondent pas aux spécifications que nous avons développées et qui ont été approuvées par les banques, par l’écosystème français et notamment les fournisseurs d’équipement, sachant que le modèle construit en France autour de l’AFSCM est aujourd’hui porté à la GSMA pour pouvoir bâtir un modèle international basé sur la carte SIM comme élément de sécurité. Le modèle GSMA est donc aujourd’hui basé sur la SIM, et nous servons de référence à la plupart des constructeurs d’équipement et de téléphone.

Combien de terminaux  de paiement ou de transport, touristiques ou autre, acceptent les services Citizy ?

On dénombre 55 000 commerçants équipés de terminaux de paiement sans contact, ce qui représente près de 100 000 équipements, les commerçants pouvant être équipés de plusieurs terminaux. Et 5 % des commerçants au niveau national sont équipés de TPE sans contact, avec une disparité assez forte en fonction des régions. En effet, celles qui ont déployé d’autres services sans contact que le paiement, comme Nice, Strasbourg ou Caen, ont un taux d’équipement beaucoup plus important que les autres villes françaises ; vous avez beaucoup plus de chances d’y trouver un commerçant équipé d’un terminal de paiement sans contact qu’à Paris intra-muros, par exemple, où le taux d’équipement est encore assez faible.

Hormis le paiement, quels autres types de services sont disponibles ?

Il y a la lecture de tags qui, elle, n’est pas basée sur les éléments de sécurité de la carte SIM, mais sur l’usage du NFC du téléphone, et qui permet d'accéder à un certain nombre de services d’informations touristiques ou de transport qui sont déjà disponibles.

Les transports constituent un secteur dans lequel on trouve un certain nombre de projets importants. Le premier à avoir été mis en place est celui de Nice, avec Veolia. Deux autres projets sont en cours de développement, à Strasbourg et à Caen, et pourront offrir des services sans contact de chargement de billets ou d’informations sur les transports. Caen l’a annoncé pour juin 2013, Strasbourg n’a pas encore donné de date. Ensuite, certaines villes ont bénéficié d’un financement spécifique sur les projets sans contact et sont donc en train de déployer des services municipaux. Je pense à Bordeaux, qui est peut-être la plus avancée aujourd’hui : elle a lancé un appel d’offres pour équiper de sans contact les utilisateurs de crèche, de bibliothèque, de piscine, de même que tous les services quotidiens de la ville ou de la communauté urbaine de Bordeaux. Au-delà du paiement, nous avons encore d’autres projets en cours qui devraient aboutir, peut-être à la fin de l'année 2013, plus certainement en 2014. Pour moi, 2013 sera plus l’année du paiement, et 2014 celle du déploiement massif du transport. On a tendance, quand on parle de NFC, à beaucoup parler de paiement, parce que c’est ce qui se voit le plus aujourd’hui. Il ne faut pas oublier tous ces services de ville, d’information, de transport qui vont transformer la vie quotidienne des utilisateurs de smartphones.

Justement, beaucoup se disent que si le paiement sans contact ou NFC ne décolle pas depuis des années, c’est parce qu’il n’y a pas encore de services autour. Êtes-vous d’accord avec cette analyse ?

Avant que les services se déploient, il faut avoir un taux d’équipement compatibles suffisant, qu'il s'agisse de téléphones, de TPE ou de valideurs. Ce travail de spécification qui permet de définir comment tout doit fonctionner est fait. Les premiers à avoir développé des services sont quand même les banques, et donc la Société Générale, BNP Paribas et le Crédit Agricole équipent aujourd’hui massivement leurs clients commerçants. Ils vont avoir une vraie légitimité à communiquer autour de ces services, parce qu’il y aura une installation et un usage possible important. Le transport ne va être que sur deux ou trois projets en 2013, et même en 2014, il restera sur des projets assez locaux, voire régionaux pour certains. Mais nous n’aurons aucun développement national de services de transport avant quelque temps. Ce sera très visible dans les zones où ils seront déployés, mais beaucoup moins visibles au niveau national d’où la difficulté de communiquer autour de ces services. Le premier service autour duquel l’usage va se développer au niveau national, c’est vraiment le paiement.

En parlant de paiement, ne devrait-on pas commencer à éduquer le grand public sur l’usage du NFC ?

Jusqu’à récemment, ils pouvaient difficilement communiquer. Les équipements n’étaient pas prêts, les services n’étaient pas déployés et les clients n’étaient pas équipés de téléphones et de cartes compatibles. Aujourd’hui, tout cela est prêt, ce qui n'est pas encore complètement le cas des acteurs. Société Générale est en train de développer son service, mais il n’est pas fonctionnel. Crédit Mutuel et BNP sont en train, je crois, de modifier et de compléter leurs systèmes techniques pour pouvoir le déployer à grande échelle. Ce devrait être au plus tôt sur le deuxième semestre 2013, où ils vont pouvoir communiquer massivement auprès de leurs clients et les équiper. Ils ont commencé un premier travail qui était nécessaire aussi, d’équiper les commerçants et les clients de cartes sans contact pour les habituer un peu. Nous sommes dans une phase de finalisation des infrastructures et de déploiement industriels qui vont permettre de communiquer largement. Quant aux opérateurs téléphoniques, ils attendent d’avoir ces services pour éduquer leurs clients et leurs revendeurs, ce qui n’était fait aujourd’hui que dans des villes qui déploient des services.

Quel est le modèle légal des applications ? Qui est l’interlocuteur du client final ?

La banque. L’opérateur met à disposition un équipement et un espace sécurisé sur une carte SIM ainsi qu’un espace sur le wallet qui va permettre au fournisseur de services d’installer sa propre application. L’opérateur héberge la solution proposée par la banque et c’est la banque qui gère son client, qui le facture. L’opérateur fait un peu plus que l’hébergement : il met à disposition l’application, s’assure qu’elle est bien chargée et fait un peu de service de client, peut suspendre le service en cas de perte ou de vol. Mais le propriétaire de l’application reste le fournisseur du service.

Y a-t-il une portabilité des applications bancaires comme il y a une portabilité des numéros d’un opérateur à l’autre ?

Cela fait partie des chantiers qui n’ont pas encore été abordés par l’AFSCM ; il faut donc résilier et réinstaller le service, sous réserve que le téléphone reste bien compatible. Les opérateurs low cost dépendant d’opérateurs membres de l’AFSCM (Sosh pour Orange, B & You pour Bouygues Telecom, Red et Joe Mobile pour SFR) n’ont pas encore de cartes Citizy, sauf Sosh via internet. Cela viendra, mais ce n’est pas encore le cas partout. De plus, il n’est pas sûr qu’un téléphone compatible chez un opérateur le soit chez un autre. Cela reste encore un point dans le parcours client qui pourra être amélioré et qui viendra quand l’ensemble des téléphones sur le marché sera NFC Citizy de base. Notre objectif à terme est que les produits quand ils sortent sur le marché soient NFC Citizy de base.

Quels sont les gros chantiers pour 2013 à l’AFSCM et le paiement en fait-il partie ?

Non, le paiement est derrière nous. Les spécifications sont prêtes, il n’y a plus qu’à déployer les services, et je dirais que le travail est plutôt maintenant chez les banquiers. Nous allons continuer à suivre l’évolution du parc de clients équipés de téléphones, et surtout enclencher les chantiers des transports ou de la carte de vie quotidienne qui sont les futurs usages. Nous sommes plus concentrés sur le pilotage du transport et de la carte de vie quotidienne que sur la banque où les autres vont suivre. La Banque postale a annoncé un projet et les autres vont probablement y venir. Mais elles n’ont plus besoin de nous aujourd’hui, les spécifications sont prêtes, elles n’ont plus qu’à faire un copier-coller de ce qui existe déjà. Éventuellement, nous les accompagnerons un peu, mais le modèle fonctionne pour les banques.

Propos recueillis par Stéphanie Chaptal

[1] Association française du sans contact mobile.

[2] NFC Cityzi est une initiative française de déploiement de la technologie sans contact mobile lancée à Nice en mai 2010. Elle rassemble des opérateurs de télécommunication, de transport, des banques, des commerçants et des acteurs industriels.

[3] Near Field Communication.

 

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