Le 16 octobre 2013, dans un éditorial de
Jusqu’au XVIe siècle, la Chine a été le pays le plus riche du monde par habitant. Jusqu’au XIXe siècle, elle est restée globalement le pays le plus riche, avant de s’effondrer à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. La première moitié du XXe siècle s’est poursuivie avec une baisse de la productivité agricole et un repli vers l’intérieur. La période maoïste, pour négative qu’elle fût, a créé les bases industrielles et a surtout restauré un État puissant qui s’est considéré investi du rôle qui prévalait à l’empereur : préserver l’ordre politique unitaire et l’harmonie de l’ordre civil intérieur.
Les phases de la réforme politique chinoise qui se sont succédé depuis ont respecté ce principe. Fondées sur une transformation équilibrée des structures économiques et des institutions politiques, elles passent par des étapes de renforcement entrecoupées de crises transitoires. Autrement dit, elles suivent une approche systémique, favorisant l’établissement des grands équilibres et constatant les effets négatifs induits, avant de déterminer de nouvelles orientations et de mettre en œuvre de nouveaux mécanismes de régulation pour rétablir les équilibres ainsi perturbés.
À partir des années 1970 et sa reconnaissance internationale, la Chine connaît une formidable hausse de la productivité agricole.
Le succès de la première phase, de 1978 à 1989, concerne ainsi l’agriculture qui peut dégager des surplus, accompagnés d’une convergence des prix de marché et des prix planifiés, puis la disparition de ces derniers. Il en est résulté une libération massive de main-d’œuvre. Dès 1958, Le Gouvernement chinois avait réinstauré le hukou, sorte de passeport intérieur destiné à distinguer les populations rurales et citadines et, finalement, à éviter un exode rural massif en prévenant la création de gigantesques bidonvilles par la reconnaissance de migrants internes. À la fin des années 1980, nous assistons à un rééquilibrage entre le pouvoir local et le pouvoir central qui se renforce. Les coûts liés à la restructuration des entreprises publiques sont absorbés par la croissance, fondée sur la dynamique de développement du commerce extérieur.
La seconde phase, de 1993 à 2010, a démarré par l’instauration d’une banque centrale, d’un système financier régulé et la restructuration des grandes entreprises publiques.
La troisième phase a été engagée dès 2007 par une vaste réforme du droit du travail. Jusqu’à l’horizon 2030, elle sera axée autour d’une urbanisation adaptée au changement climatique, une proposition de biens industriels à forte innovation et l’essor des services associés à l’urbanisation. Elle sera fondée sur une « déréglementation » visant à supprimer les péréquations et les distorsions entre les prix des différents facteurs de production, à l’instar des déréglementations qui ont prévalu dans les économies occidentales depuis la fin des années 1970.
Plus spécifiquement, du 9 au 12 novembre 2013, les dirigeants chinois se sont réunis pour le troisième plenum, qui peut être considéré comme le temps d’observation des effets de masse négatifs et l’affirmation des orientations visant à rétablir les équilibres. En 1978, le troisième plenum introduisit les réformes radicales qui se sont déroulées sous Deng Xiaoping. En 1993, il consacra l’économie de marché socialiste qui déboucha sur l’adhésion de la Chine à l’OMC, le 11 décembre 2001. Le communiqué final de ce troisième plenum vise à étendre le rôle du marché, qualifié de « décisif », tout en renforçant l’économie d’État et en développant le contrôle macroéconomique. Il s’agit ainsi d’apporter plus de marché ET plus d’État à la Chine, quand souvent les deux sont opposés dans une vision disjonctive et simplificatrice.
Aujourd’hui, les migrants internes représentent 20 % de la population totale de la Chine, 30 % de la population rurale et 40 % de la population citadine, ce qui génère comme effet négatif d’empêcher le passage vers un autre modèle économique interne. Le pouvoir politique a modifié le statut de ces migrants internes – 25 millions de ruraux ont obtenu un hukou citadin entre 2010 et 2012 – et a aussi réalisé de nombreuses expériences pour identifier les mesures les plus à même de transférer ce statut de citadin aux 260 millions migrants internes restants.
Les composantes régissant la société chinoise (par exemple administrative, fiscale, financière, foncière) constituent donc autant de challenges, eu égard aux effets de masse constatés et aux conséquences désastreuses que pourrait entraîner un changement trop rapide ou trop dogmatique qui ne prendrait pas en compte les effets négatifs induits.