Le décollage du marché des CoCo a été relativement lent du fait de la complexité dans la fixation du prix et le design de ce nouvel instrument financier, mais aussi de l’incertitude réglementaire au niveau de la comptabilisation des CoCo dans le capital. L’aspect « high yield » mais surtout « high risk » des CoCo pousse les investisseurs averses aux risques à être encore plus prudents envers ces instruments. Dans les années 2013-2014, nous assistons à une croissance du nombre de CoCo souscrites et émises, atteignant un pic en 2014 sous l’impulsion d’une part, de la réglementation de Bâle III sur les exigences de capital, et d’autre part par le retour de l’appétit pour le risque des investisseurs dans un contexte de taux bas. Par ailleurs, la crainte s’atténue du fait d’une confiance accrue causée par l’augmentation des fonds propres des banques et du désendettement. La demande est forte et le rendement exigible des CoCo diminue légèrement pour se stabiliser en général à 6 %.
En effet, la montée rapide du montant des CoCo émis témoigne d’une course effrénée des banques à atteindre les exigences de capital de Bâle III avant même la date d’exigibilité. Il s’agit de prouver devant les différentes parties prenantes de la solidité de leur bilan. Les premiers émetteurs étaient donc plutôt des grosses banques européennes considérées de bonnes qualités (Crédit Suisse, Barclays, Rabobank…), puis des plus petites banques (telles que KBC, ou Bank of Ireland). Jusqu’en 2014, les banques européennes dominaient les émissions de CoCo afin d’être en adéquation avec les exigences réglementaires en matière de capital. Leurs succès voient par la suite l’émergence d’émetteurs hors-européens, en particulier asiatiques. Les banques privées asiatiques investissaient déjà dans le Tier 1 des banques européennes émettrices de CoCo. Par la suite, les banques chinoises sont devenues des émettrices importantes. Ainsi, la Chine est aujourd’hui le premier pays émetteur de CoCo, les banques chinoises représentant près de 70 milliards de dollars des obligations CoCo à ce jour. Par exemple, Industrial and Commercial Bank of China (ICBC est l’une des quatre grandes banques en Chine) a émis des CoCo en 2014 dans trois devises (l’euro, le dollar américain et le yuan) pour toucher plus d’investisseurs. Ses souscripteurs ont été majoritairement des conglomérats chinois ayant des actifs en euro ou des réserves de yuan importants, mais aussi des investisseurs américains. Cependant, d’autres banques asiatiques telles que les banques indiennes sont moins appréciées, du fait d’une note accordée à l’Inde qui est juste un cran supérieur aux investissements spéculatifs. Les obligations AT1 (Additional Tier 1) indiennes sont encore en dessous. En 2015, la faible proportion de CoCo émises par les banques européennes est la conséquence des inquiétudes liées au ralentissement de l’économie chinoise, à la crise de la dette grecque, et à la crainte liée à une hausse des taux d’intérêt par la FED. Notons par ailleurs que l’absence des banques américaines est principalement due à leur réglementation en vigueur ne permettant pas la déductibilité des coupons des CoCo (Myles, Varriale & Young, 2014).