Les propositions d'innovation correspondent évidemment à des visions politiques sur l'avenir des marchés bancaires et du rôle des banques dans la société. On peut distinguer plusieurs approches.
- L’approche des anarcho-libertaires « de droite », surtout américaine, appelée libertarianisme, rejette toute idée de contrôle d'un État central, au niveau social mais aussi économique, et défend à tous crins la libre entreprise, la liberté individuelle et l'économie libérale ; cela représente un mouvement idéologique profond et très influent au sein de la population américaine. Ce mouvement promeut par exemple le bitcoin comme exemple de monnaie sans contrôle central étatique. C’est une approche qui privilégie l’attaque des positions commerciales existantes sur un marché par des « barbares » à la Uber. Cette conception considère la banque comme un domaine marchand comme un autre soumis aux lois simples du marché et aux règles de la destruction constructive, et ignore le caractère éminemment sociétal et politique du domaine bancaire dans la bonne marche de la société d’un pays : le marché parfait devrait y pourvoir naturellement.
- L’approche des arnacho-libertaires « de gauche » comme les cyberpunks et autres gourous de l'économie dite participative est une vision d’essence éminemment sociale où l’Internet, de par son ubiquité, sa facilité à relier directement à faible coût économique une bonne partie de l’humanité et son semblant d’absence de contrôle étatique, permet aux personnes de reprendre en main directement leur destin, de s’organiser librement, de redécouvrir une forme de démocratie athénienne en mode local et de redéfinir des formes de société autonomes plus justes sans l’aide ni l’ingérence d’un État qui a échoué dans ses missions régaliennes : on peut y voir un retour de Proudhon ! C’est une approche qui privilégie ainsi les actions communautaristes à dimensions humaines donc locales et qui finalement essaye de simplifier le fonctionnement de la société car la façon dont le monde moderne très complexe est gouverné semble échapper à tout contrôle véritablement démocratique. Que donne cette vision appliquée au domaine bancaire ? Après la promotion de l’usage des monnaies complémentaires, on voit resurgir l’idée de banque communautaire, un retour aux véritables sources des banques mutualistes et coopératives avec l’espoir que les moyens technologiques modernes puissent assurer une véritable gouvernance partagée et orienter dans le bon sens sociétal les actions de telles banques comme le propose le groupe français Payname.
- L’approche sociétale globale se centre sur l’objectif ambitieux de faire prendre conscience aux financiers de leur devoir d’assumer les rôles sociétaux qui leur sont assignés et qui sont listés plus haut, au vu du rôle fondamental de la banque dans la contribution au bien-être de tous les membres de la société. Il s’agit de faire en sorte de sortir de la sphère financière pure, de résister aux sirènes des gains faciles et rapides basés sur trop de spéculations, sur trop d’investissements miraculeux à rendements élevés à court terme. Toute la population formule avant tout la demande de garantir des retraites futures. Cette approche insiste donc sur la notion de responsabilité sociétale globale qui ne peut être exercée que conjointement avec toutes les parties-prenantes de l’écosystème financier, y compris naturellement avec les clients, tous les clients pas seulement les actionnaires. Pour une idée innovante, on peut, par exemple, utiliser le principe de l’innovation responsable qui fait qu’au stade de sa conception, on peut s’imposer de prendre en compte toutes les conséquences financières, sociales et environnementales de l’innovation ; ainsi, d’innovation responsable en innovation responsable, les produits et services devraient former au fur et à mesure un ensemble qui respecte la société. Au sein du Club (voir Encadré), c’est l’approche que nous avons pu expérimenter dans le cadre du projet
FAIR et qui a fait l’objet d’un livre disponible depuis ce printemps.[1]