Aujourd’hui, Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch représentent une force colossale sur les marchés des capitaux. Tout commença en 1909 : John Moody attribua la première note (une lettre) à des obligations de chemin de fer pour permettre aux investisseurs d’évaluer facilement la solvabilité. Poor’s Publishing, le prédécesseur de S&P, commença à noter les obligations en 1916, suivi par Fitch en 1924. Ces trois agences facturaient leurs analyses aux investisseurs. Les autorités de réglementation commencèrent à recourir aux agences de notation dans les années 1930 pour évaluer la santé des bilans des banques, ce qui augmenta la visibilité et la profitabilité des agences.
La stabilité économique marquant les années postérieures à la Seconde Guerre mondiale affaiblit le rôle des agences jusqu’aux années 1970. En 1975, la SEC fit de certaines firmes des organismes de notation statistique reconnus au plan national américain (
Ce modèle est fragilisé. En 2006, les agences ont eu une petite idée des difficultés qui pouvaient les attendre. Suite à des manœuvres douteuses d’entreprise largement relayées par les médias (les affaires Enron et Worldcom), le Congrès américain a voté le Credit Rating Agency Reform Act qui autorisait la SEC à exiger des agences de notation ayant le statut de NRSRO qu’elles s’enregistrent et s’acquittent de certaines obligations. Ces dernières prévoyaient essentiellement la publication de rapports et la divulgation d’informations à intervalles réguliers, mais elles ne donnaient aucun pouvoir à la SEC pour réglementer le processus d’évaluation du crédit.
L’opinion selon laquelle les agences et leurs modèles défaillants contribuèrent à la crise financière mondiale de 2008 est largement répandue. Les discussions sur un renforcement de la réglementation, dans le sillage de la crise, ont entre autres porté sur l’élimination des conflits d’intérêts associés au modèle où l’émetteur paie les évaluations des agences. L’objectif est d’améliorer la qualité, la régularité des notations ainsi que leur transparence, et de remplacer l’autorégulation par une supervision plus rigoureuse par les autorités.