Les investisseurs « long only » sur les marchés de matières premières

Créé le

13.11.2014

-

Mis à jour le

24.11.2014

De nouveaux acteurs sont apparus à la fin des années 2000 : les fonds investissant de manière pérenne et constante dans les matières premières, les fameux « long only » qui cherchent à répliquer l’indice Standard’s and Poor’s Goldman Sachs Commodity Index (S&P GSCI Index), ont été la cible d’accusations faisant d’eux la cause de la forte hausse des cours de matières premières entre 2006 et 2008. Une étude de la banque Barclays largement citée dans le milieu des matières premières montrait ainsi que les investissements de ces fonds avaient bondi de quelques milliards historiquement à 100 milliards en cours d’année 2006, puis à 200 milliards lors du pic de fin 2007. L’arrivée de ces nouveaux acteurs créant un afflux de capitaux sur des marchés parfois modestes pourrait les avoir déséquilibrés et expliquer l’apparition de bulles dans les métaux en 2007, puis dans l’énergie en 2008, et dans une moindre mesure pour des produits agricoles tels que le blé dont les prix avaient également fortement augmenté. Certains chercheurs ont ainsi argumenté que les fonds représentaient une demande synthétique qui avait entraîné une hausse. L’étude d’Irwin et Sanders [1] pour le compte de l’OCDE en 2010 les a pourtant innocentés, notamment parce que l’argument de la demande synthétique est discutable. La plupart des marchés de matières premières sont en effet adossés à des marchés physiques au comptant, pour pouvoir affecter durablement les prix ; il faut donc également acheter sur le marché physique et retirer des stocks du marché, à l’image de ce que fit Eugère Secretan sur le marché du cuivre en 1887, ou plus récemment les frères Hunt qui tentèrent un corner sur le marché de l’argent en 1979. Les fonds n’investissaient qu’en futures et n’intervenaient pas, à de très rares exceptions près, sur le marché physique. En l’absence de pénurie sur ce dernier, voire en présence de stocks pléthoriques pour certaines matières premières, la correction est inévitable, car sur le marché comptant les prix baissent alors inévitablement : c’est l’un des arguments justifiant la présence de livraison physique dans les caractéristiques d’un contrat tel que le contrat de blé meunier d’Euronext, car il y a alors de manière systématique convergence des prix des futures et du marché physique.



1 S. H. Irwin et D. R. Sanders (2010), « The Impact of Index and Swap Funds on Commodity Futures Markets: Preliminary Results », OECD Food, Agriculture and Fisheries Working Papers, n° 27, OECD Publishing. Doi: 10.1787/5kmd40wl1t5f-en.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº778bis
Notes :
1 S. H. Irwin et D. R. Sanders (2010), « The Impact of Index and Swap Funds on Commodity Futures Markets: Preliminary Results », OECD Food, Agriculture and Fisheries Working Papers, n° 27, OECD Publishing. Doi: 10.1787/5kmd40wl1t5f-en.