Introduction par Philippe Picagne, professeur associé au CNAM-ENASS, responsable Finance du MBA

Créé le

24.08.2012

-

Mis à jour le

10.10.2012

Dans le contexte actuel de crise financière, il est nécessaire de différencier l'impact de celle-ci sur les banques et sur les entreprises d'assurance. En effet, si les banques sont continuellement « downgradées » par les agences de notation, les assureurs continuent quant à eux de bénéficier de bonnes notations financières. ​Cette tendance est ​confirmée par les marchés financiers : par exemple, la prime de risque mesurée par le spread 5 ans senior des banques est un multiple de celui des assureurs.

Les entreprises d'assurance résistent bien mieux que les banques, pour ​deux raisons principales :

  • compte tenu du cycle inversé de production, les assureurs jouissent d'une très forte liquidité et n'ont pas de ​problème de financement à l'inverse les banques ;
  • l'effet de levier bilantaire des assureurs à travers leurs provisions techniques est beaucoup moins sensible aux fluctuations des taux d'intérêt que le « funding » des banques, représenté par la ​dette et les dépôts de leurs clients.
Mais pour combien de temps ? Bien que l'approche européenne de solvabilité, Solvabilité 1, soit qualifiée par certains de « simpliste », elle a néanmoins démontré l'extrême ​résistance aux crises financières du secteur de l'assurance. La nouvelle ​approche réglementaire, Solvabilité 2, sera très certainement contreproductive. En effet, comme ​l'approche Risk Based Capital (RBC) aux États-Unis, Solvabilité 2 propose de calculer la marge de solvabilité sur la base de modèles ​internes, subjectifs par définition et susceptibles d'être (intentionnellement ?) mal ​calibrés. Les marges dégagées sous Solvabilité 2 seront difficilement analysables et comparables pour les investisseurs. Il est fort probable que le profil de risque des assureurs se ​rapproche alors de celui des banques, principalement pour des raisons de calcul ​de marge de solvabilité et de volonté ​d'optimisation financière, comme cela a déjà été le cas par le passé ​pour les banques, avec le passage de Bâle I à II, puis à 2.5.

Le changement ou l'amélioration du calcul de la marge de solvabilité d'une banque ou d'un assureur irait-il à l’encontre de l'objectif voulu ?

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº307