« Cygne noir et éléphant blanc » : quelle perception du risque souverain ?

Créé le

08.02.2017

-

Mis à jour le

10.02.2017

Dans leur article publié en 2016, Andrea Enria, Adam Farkas et Lars Overby s’interrogent sur la nature du risque associé aux expositions souveraines des banques. Celui-ci est un « black swan », un « cygne noir » tel que théorisé par Nicolas Taleb en 2008 : « les défauts souverains ont le potentiel d’être des événements de type “cygnes noirs”, c’est-à-dire des événements rares avec un impact extrême et par certains aspects impossibles à prévoir », soulignent les auteurs. Mais ils constatent aussi que malgré cette épée de Damoclès, « la réglementation prudentielle actuelle continue d’appliquer un traitement largement préférentiel à ces titres ». Ceci s’explique par le fait que le risque souverain est aussi un « éléphant blanc ». Ce concept fait référence à quelque chose qui demande beaucoup de soin et d’argent mais donne en retour peu de profit ou de satisfaction. « Voici la logique associée : un défaut souverain peut être très coûteux mais c’est un événement si rare et si difficile – pour ne pas dire impossible – à éviter, du fait de l’ampleur des expositions souveraines dans le système bancaire et de leur nécessité pour qu’il fonctionne, en particulier pour la gestion de la liquidité. C’est donc un risque qui, s’il était parfaitement couvert – ce qui importe le plus d’un point de vue de régulateur – conduirait à des exigences disproportionnées et un impact déstabilisateur à la fois sur les bilans bancaires et le fonctionnement des marchés souverains. Étant donné qu’on ne peut résoudre le problème, mieux vaut accepter le risque et avoir recours aux outils limités qui existent pour le gérer, argumente-t-on. » Pour les auteurs, cette logique, valable, ne doit toutefois pas empêcher toute réforme du cadre réglementaire. « Le statu quo n’est pas tenable à la lumière de l’expérience récente : bien qu’un éléphant blanc soit toujours susceptible d’être tapi dans le fond et que le capital que l’on affecte à ce risque pourrait être insuffisant en cas de défaut, les incitations comportementales introduites par le traitement préférentiel donné aux expositions souveraines exacerbent, selon nous, les problèmes observés pendant la crise. » L’article des trois auteurs, qui ne reflètent pas la vue institutionnelle de l’EBA, détaillent des pistes de réforme.

D’après « Sovereign Risk : Black Swans and White Elephants », European Economy 2016.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº355