Depuis plusieurs semaines, le terme se répand dans les pages des journaux, notamment anglo-saxons, et traduit une inquiétude : et si l’on venait à manquer de garanties à donner en échange de cash frais ? Des tentatives de chiffrage de ce collateral crunch avancent des montants éloquents : 2 trillions de dollars supplémentaires à trouver pour les dérivés OTC, 4 à 5 trillions amputés par la réduction de la vitesse de « recyclage » du collatéral dans le système (lire l'article de Manmohan Singh, «●The Economics of Collateral-Chains●», Banque & Stratégie n° 299, p. 16). Le sujet de la liquidité étant devenu, en particulier depuis l’été, un enjeu majeur pour les banques européennes, celles-ci mettent désormais en avant dans leurs résultats trimestriels leurs stocks d’actifs liquides. Selon les établissements, il peut s’agir uniquement des actifs mobilisables en banque centrale, d’autres incluent ceux qu’elles peuvent utiliser sur les marchés du refinancement à court terme, voire ceux qu’elles peuvent titriser dans le cadre d'un financement à plus long terme. Au troisième trimestre 2011, BNP Paribas communiquait ainsi sur 170 milliards d’euros d’actifs liquides, Crédit Agricole, 103 milliards, BPCE, 97 milliards, et Société Générale, 77 milliards.
Crise de confiance
Au-delà des exigences de la communication, il y a également une perception différente de la situation. « J’entends effectivement les médias évoquer un tel collateral crunch mais je n’en vois pas de preuves concrètes, indique un banquier français. Selon moi, nous sommes surtout face à un confidence crunch, une crise de confiance, et il y a confusion entre ces deux phénomènes. Le collatéral est présent et circule ; les acteurs, publics comme privés, continuent d’en émettre. En revanche, les critères d’éligibilité du marché ont été considérablement durcis. » Les titres souverains, longtemps considérés comme la plus haute garantie que l’on pouvait trouver – car sans risque (ou presque) et très liquides – suscitent désormais la défiance des marchés. La dette italienne, par exemple, est-elle toujours le collatéral de qualité qu’elle était il y a quelques mois ? La panique sur les marchés se traduit par un durcissement des critères dictés par les directions des risques, mais le mérite-t-elle ? « Les considérer comme plus risqués est normal, mais les rejeter en bloc est irrationnel. Nous disposons d’outils pour faire face à ces situations : les haircuts. » Exiger de plus fortes décotes sur les titres serait donc souhaitable, mais cesser de les accepter serait en effet se diriger vers un collateral crunch. S. L.