Le modèle américain sert de repoussoir : importance de la rémunération des avocats fixée au pourcentage des indemnités obtenues (quota litis), coût de la procédure, lourdeur de la discovery (divulgation de l'ensemble des pièces détenues par les parties), risque de « dommages punitifs », présence de jury populaire au procès. Le modèle français veut exclure par l'interposition d'associations de consommateurs que la procédure soit utilisée par un concurrent pour attenter à la réputation d'une entreprise rivale. Et l'opt-in est une garantie supplémentaire.
La Directive et la Recommandation de la Commission européenne prévoient que, pour les actions en dommages et intérêt en matière de droit de la concurrence, les États membres doivent mettre en œuvre un système de recours collectif. Le Commission prend parti pour l'opt-in, la prohibition des dommages punitifs, des procédures de discovery, et la condamnation de la partie qui succombe aux dépens, ainsi qu'un financement de l'action par des tiers très encadré. La Commission encourage aussi le recours à la médiation.
En Europe, plusieurs pays ont mis en place des procédures de class actions. En Allemagne, instaurée en 2005, elle concerne les seuls investissements financiers. Au Royaume-Uni, le group litigation a été introduit en 2000 et s'applique à toutes les actions civiles : depuis 2013, les honoraires, les contingency fees (rémunération en pourcentage du résultat), sont encadrés et les indemnités peuvent couvrir un préjudice moral. L'Italie a introduit l'action de groupe en 2009 avec une règle d'opt-in. Il existe également en Italie une action de groupe devant le juge administratif pour renforcer l'efficacité des services publics. Aux Pays-Bas, le juge homologue un accord préalable entre les parties et les modalités d'indemnisation ; l'accord fixe les modalités d'opt-out. Plus important, le juge néerlandais peut décider d'homologuer un accord même si les parties ne sont pas néerlandaises, ni même établies aux Pays-Bas, ce qui pourrait se révéler important au regard des décisions prises aux États-Unis. Le Portugal ouvre « l'action populaire » à tous les titulaires d'un même droit avec un système d'opt-out qui confie au juge le soin de fixer le montant des indemnisations. La Suède a organisé une action de groupe en matière d'action civile, ouverte à tous, et une action de groupe devant le Conseil national de réclamation des consommateurs, qui rend des recommandations, le plus souvent suivies par les parties. L'Espagne connaît également deux types d'action de groupe : l'une destinée à régler les questions de consommation, l'autre destinée à un « intérêt diffus » ou largement répandu.
Quant à la Commission elle-même, elle est divisée sur la mise en œuvre d'un modèle européen. Monsieur Barroso et Madame Reding y sont opposés pour cause de mauvaise utilisation potentielle de la richesse nationale, au moment où la croissance est très ralentie. Joaquim Almunia, commissaire à la Concurrence, y est à l'inverse – et évidemment – favorable. La plupart des États membres sont opposés au modèle unique européen et souhaitent définir leurs propres règles et procédures.