Ce qui se cache derrière l’inflation

L’inflation est soudain revenue sur le devant de la scène. Prix à la consommation et taux d’intérêt sont les premiers enjeux. Mais il n’est pas certain que ce nous appelons inflation aujourd’hui ressemble à ce que nous appelions inflation hier.

Ce qui se cache derrière l’inflation

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°863-864

RÉTROSPECTIVE PROSPECTIVE

Dans les manuels d’économie, le phénomène est relativement simple à comprendre : trop d’émission de monnaie dans un premier temps, puis hausse des prix et des salaires. Cela se retrouve dans la confrontation entre la quantité de biens et de services d’une part, la masse monétaire de l’autre. C’est la fameuse équation MV = PQ, où M représente la quantité d’argent, V sa vitesse de circulation (plus ou moins de consommation et, en miroir, moins ou plus d’épargne de précaution), P les prix et Q la quantité de biens et de services.

Tout cela semble d’une grande simplicité. Pourtant, depuis 2008, tout se passe comme si l’économie avait oublié de se soumettre à cette élégante formule… Les politiques monétaires ont consisté à inonder le monde de liquidités. Elles n’ont pas provoqué l’inflation attendue. Ni les prix à la consommation, ni les salaires, ne se sont envolés.

Explication couramment avancée : l’effet déflationniste des technologies. Il y a coïncidence de dates. Par exemple, c’est en 2009 que l’iPhone a commencé à être commercialisé en France. La vague technologique a emporté tous les coins et recoins de l’activité. L’effet déflationniste est indéniable, mais personne n’imagine qu’il a suffi seul à neutraliser l’action massive des banques centrales.

L’inflation des actifs

L’inflation se serait déportée vers les actifs : marchés financiers, logements… Ce jugement intuitif peut se mesurer. Lors des 45 dernières années, les prix du logement à Paris ont évolué comme M3, c’est-à-dire les pièces et billets en circulation, plus les dépôts bancaires, plus les comptes et dépôts à moins de deux ans. Et les actions françaises, correspondant en sus à une création de richesse, ont doublé par rapport à M3 (graphique publié par pierrepapier.fr, d’après IEIF). Si l’on fait abstraction des évolutions intermédiaires – le logement n’a pas progressé en ligne droite, la bourse encore moins –, on constate qu’il existe un lien très fort entre prix des actifs et masse monétaire. On peut donc parler d’inflation des actifs. Sauf que l’augmentation de M3 est bien loin des montants astronomiques créés par les politiques monétaires.

Et voici la hausse des prix à la consommation

Les mots sont dangereux. Au XXe siècle, bien analysé par les économistes, l’inflation débouchait sur la hausse des prix, au point que les deux phénomènes sont devenus synonymes. On se heurte aujourd’hui à des difficultés de production, de transport ? Hausse des prix… et l’on parle aussitôt d’inflation.

L’illogisme est flagrant. S’il y avait hausse des prix par l’inflation, la politique monétaire de hausse des taux suffirait à la calmer. Mais dans le cas présent, on voit mal comment une hausse des taux résoudrait les pénuries de certaines matières premières ou denrées alimentaires, ou les problèmes d’approvisionnement.

Alors pourquoi les banques centrales parlent-elles tant d’inflation, de réduire les facilités monétaires et de commencer à relever les taux ?

Le problème non résolu

La question majeure est l’endettement des États. Les banques centrales sont, depuis bientôt une quinzaine d’années, de formidables pompiers, qui ont su éviter le pire. Mais ce faisant, incendie après incendie qu’elles ont réussi à éteindre, elles ont laissé le monde basculer dans un système monétaire de plus en plus instable. Comment vivre sainement avec des montagnes de dettes ? Il faut innover. Les pistes de réflexion ne manquent pas, depuis le remboursement par l’impôt (le contexte de croissance le permettra-t-il ?), l’effacement partiel (ne risque-t-on pas de briser la confiance dans le système ?), la création de monnaies numériques de banque centrale (comment basculer d’un système à l’autre ?), pour ne citer que les plus sérieusement débattues.

En attendant, à la faveur de la confusion si répandue entre hausse des prix et inflation, il est possible, sans choquer, de parler à nouveau de hausse des taux. On peut ainsi, au moins, commencer à calmer le jeu. Refroidir les ardeurs des États, qui continueraient volontiers sur une lancée qui leur plaît tant. Résoudre les problèmes sur le fond et imaginer l’avenir ? Ce sera pour plus tard.

 

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