Les pays européens qui font le choix de la finance

Introduction

Les pays européens qui font le choix de la finance

Le Royaume-Uni, le Luxembourg, la Suisse, l’Irlande, les Pays-Bas... autant de pays considérés comme « profinance ». Stéphane Giordano (AMAFI) présente les thématiques du dossier dans son avant-propos.

Giordano

Le Royaume-Uni, le Luxembourg, la Suisse, l’Irlande, les Pays-Bas... autant de pays généralement considérés comme « profinance [1] ». Que recouvre exactement ce terme ? Comment étalonner cette notion ? Sur quels critères ?

Une première distinction peut être faite entre :

  • les pays qui captent les capitaux essentiellement grâce à un statut fiscal, juridique ou réglementaire, mais dont l’attractivité ne doit qu’au maintien de ces avantages particuliers. La disparition du secret bancaire et les discussions autour des structures opaques fragilisent aujourd’hui la position de ces pays et les contraignent à trouver rapidement des reconversions possibles [2] ;
  • les pays qui ont décidé de développer sur leur sol une industrie financière, fondée sur des savoir-faire et des compétences spécifiques, pour en faire la base d’une activité économique à valeur ajoutée. Dans cette deuxième catégorie, faire le choix de la finance peut correspondre à deux objectifs, non exclusifs l’un de l’autre : le premier est de favoriser, au niveau national, une finance qui réponde aux besoins réels de l’économie, pour couvrir par exemple les besoins en fonds propres des entreprises nouvelles et prometteuses, développer l’épargne longue et le capital patient, financer des objectifs de politique générale comme la transition énergétique [3] ; le deuxième objectif est de faire de ce secteur d’activité un élément de la compétitivité internationale du pays, au service d’acteurs étrangers.

C’est bien sûr dans cette acceptation vertueuse de la finance que se justifie le choix d’être un pays profinance. Reste que sur la base de cette définition, la ligne de séparation n’est pas toujours facile à établir entre pays anti- et profinance : il existe souvent, au sein d’un même pays, des tendances pro- et anti-, comme le montre l’exemple européen de la Grande-Bretagne, ou encore celui des États-Unis [4].

Mais, dans tous les cas, le développement d’une industrie financière solide et rentable dans un environnement profinance dépend de l’action conjointe des Pouvoirs publics et du superviseur. En effet, les Pouvoirs publics (au travers des textes réglementaires pris au plan national ou dans la transposition des réglementations européennes) et le superviseur (dans leur mise en application) devront :

  • trouver le juste équilibre entre la défense de l’intérêt général et la capacité d’innovation des acteurs les plus dynamiques de la Place financière [5] ;
  • assurer un contexte de concurrence équitable entre acteurs de la finance ;
  • enfin et surtout garantir une stabilité juridique et politique, indispensable au développement de ce secteur et au maintien dans le pays des émetteurs, investisseurs et opérateurs [6].

Quant à la France, elle n’est pas souvent spontanément citée parmi les pays qualifiés de « profinance » ! Et, de fait, après une crise financière à laquelle son secteur financier avait pourtant bien résisté, elle a manqué l’occasion de se positionner, notamment par rapport à Londres. Notre pays reste en effet contraint par une réglementation nationale souvent plus sévère que les exigences internationales nées du G20. Mais il peut encore développer un dynamisme financier plus affirmé, car il conserve des atouts structurels majeurs [7] : des formations internationalement reconnues en matière de mathématiques financières et de modélisation, des institutions et établissements financiers profitables, une large capacité d’épargne et une expertise dans la gestion d’actifs, pour ne citer que ceux-là…

Le rapport ambigu des Français à l’argent et la finance a souvent été mis en avant pour expliquer la défiance vis-à-vis de ce secteur : espérons que les réflexions et analyses des auteurs de ce nouveau supplément de Revue Banque réalisé en partenariat avec l’AMAFI permettront une vision plus objective de « ces pays européens qui font le choix de la finance ». Il faut le vouloir d’autant plus que de la faculté de notre pays à faire enfin, sans ambiguïté, « le choix de la finance » dépend sa faculté à financer ses entreprises, à relancer la croissance et l’emploi, et, in fine, à conserver sa place dans l’Europe.

 

[1] Cf. articles de A. Yarrow (p. 33), O. Kelly (p. 35), T. Théobald (p. 42), C.-A. Margelisch (p. 46), et témoignage de J.-B. Bellon (p. 38).

[2] Cf. témoignages de P. de Lauzun (p. 5) et D. Lebègue (p. 8).

[3] Cf. articles de A. Bouzidi (p. 22), C. Karyotis (p. 25) et D. Dupré (p. 28).

[4] Cf. témoignage de N. Véron (p. 12).

[5] Cf. témoignage de T. Philipponnat (p. 19).

[6] Cf. article d’A. Pietrancosta (p. 16).

[7] Cf. témoignage d’A. de Bresson (p. 49).

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