Infrastructures de marché : halte au dopage technologique !

Dossier réalisé par Annick Masounave

Introduction

Infrastructures de marché : halte au dopage technologique !

Projets de fusions sous contraintes, menaces de réglementations extrêmement contraignantes, qui pourraient mettre à mal le modèle économique même des MTF ou des « boutiques » de traders… L’été 2011 est riche en développements pour l’industrie des marchés financiers.

En mai 2009, le New York Times publiait une série d’articles reliant les exploits sportifs à la technologie, qu’il titrait « Is the athlete or the equipment ? ». Gary Hall Jr, un ancien champion de natation, médaillé olympique, y regrettait l’influence croissante de la technologie sur les temps des athlètes : « Certains disent "Plus grand, plus vite, plus fort à n’importe quel prix" et refusent toute restriction sur la technologie, qu’il s’agisse de vêtements ou de médicaments. […] Je ne suis pas amer parce que mes records personnels n’ont rien de commun avec les temps qui sont réalisés par les athlètes d’aujourd’hui. Je suis un gars qui idéalisait la natation, l’assimilait à quelque chose d’aussi simple que le combat d’un homme contre l’eau. C’était le nageur qui habitait le costume, et non le costume qui recouvrait le nageur. Comme les temps ont changé… »

Au cours de l’année 2008, pas moins de 105 records du monde de natation furent battus, dont 79 imputables à des athlètes équipés d’un modèle bien particulier de combinaison, la « Speedo LZR Racer ». Les combinaisons en polyuréthane, en réduisant les frottements entre l'athlète et l’eau, améliorent la vitesse de nage. La FINA a tranché fin 2009, en interdisant les combinaisons intégrales. Depuis 2010, les bons vieux maillots de bain en coton, Lycra, Nylon ou autre ont refait leur apparition dans les bassins.

« Dopage technologique » est l’expression qui fut utilisée pour décrire la course à l’équipement des athlètes. Cette polémique n’est pas sans rappeler certains des arguments avancés par les autorités de régulation, inquiètes de la course à la performance que se livrent les places boursières mondiales.

Une concurrence fondée sur la baisse perpétuelle des temps de latence (ces derniers ont été divisés par deux en moins de deux ans), l’adjonction de décimales pour remporter une transaction au regard d’une infime différence de prix, sont autant de pratiques qui font reposer les profits des traders davantage sur la puissance des infrastructures informatiques que sur la pertinence de leurs analyses. Le flash crash qui s’est produit aux États-Unis au mois de mai 2010 est venu apporter la preuve que ces pratiques, outre le fait qu’elles sont discutables sur le plan de la concurrence, font peser des risques certains sur les marchés.

La mondialisation des échanges poursuivant une avancée a priori irrésistible, les régulateurs songent à encadrer les transactions. Il ne s’agit pas d’interdire, mais d’améliorer leur transparence par des exigences de reporting accrues, d’instaurer des coupe-circuits en cas de surchauffe dans les marchés, ou encore d’enrayer la progression folle d’algorithmes, toujours plus élaborés, qui sont venus automatiser 25 à 45 % des volumes d’actions échangés en Europe.

Sans prôner un retour aux serveurs AS400, voire aux Bourses physiques, il paraît de bon sens de souhaiter un retour à une forme de rationalité sur les marchés.

A. M.

Dossier réalisé par Annick Masounave

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