Dette souveraine et bancaire

États et banques toujours liés

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

Introduction

États et banques toujours liés

Pour emprunter sur les marchés financiers, les banques et les États ne peuvent pas faire abstraction les uns des autres. Leurs liens semblent inextricables : les banques détiennent une bonne partie des titres émis par leurs souverains, des restructurations de dettes d'états européens sont à prévoir s'ils doivent recapitaliser certaines banques, etc. La réglementation œuvre contre cette interdépendance.

Pas facile de rompre. Les États cherchent pourtant à prendre leurs distances avec les banques ; ils ne veulent plus se trouver en première ligne lorsqu'un établissement rencontre des difficultés et être amenés à le secourir. À l'avenir, d'autres acteurs seront mis à contribution, tels que les porteurs d'obligations bancaires, comme le prévoit la directive sur le redressement et la résolution dans son volet sur le bail-in [1]. Toutefois, la rupture n'est pas franche entre les États et les banques : « L'Union bancaire [2] se garde de tomber dans les excès du “tout bail-in”, mais ce choix a évidemment pour corolaire le maintien d'une forme de garantie étatique sur les bilans bancaires », expliquent Patrick Artus, Jean-Christophe Caffet et Alan Lemangnen de Natixis (voir leur article).

Pire, les débuts de l'Union bancaire pourraient même réactiver (provisoirement) le lien entre les États et les banques. En effet, avant de prendre en charge la supervision des grands établissements européens, la BCE va observer à la loupe les bilans bancaires grâce à une Asset Quality Review et des stress-tests. Or si des besoins de recapitalisations apparaissent fin 2014, les États devront sans doute porter secours aux établissements identifiés comme fragiles. À terme, des mécanismes européens permettront d'éviter ce type de situation mais en attendant, un soutien de la part des États semble difficile à éviter, notamment dans les pays périphériques de la zone euro, d'où la crainte de Natixis de voir ressurgir un risque de restructuration de dettes souveraines européennes.

Les États comme les banques sont soutenus, parfois à bout de bras, par la BCE (voir l'article de Gilles Moec de Deutsche Bank) qui relève un autre lien de dépendance : les banques détiennent pléthore d'obligations émises par leur souverain ; par exemple en Espagne, les banques domestiques détiennent 42 % des obligations espagnoles contre 25 % début 2008. D'où le commentaire de Stéphane Déo (voir son interview) : « On assiste ces derniers temps à une balkanisation des marchés obligataires européens où les investisseurs domestiques possèdent une part croissante de la dette souveraine domestique. »

Toutefois, l'attractivité des titres souverains comme bancaires demeure, comme l'explique dans son article Marie-Anne Allier d'Amundi qui évoque différentes stratégies permettant de bien négocier la prochaine hausse des taux.

Les obligations bancaires méritent un examen approfondi, tant le sort de leurs détenteurs a changé depuis le début de la crise (voir l'article de Julien de Saussure, gérant obligataire chez Edmond de Rothschild AM). Ce contexte nouveau et encore mouvant incite à l'innovation, mais comme le montre Jean-Baptiste Bellon (Trapeza Conseil), certains établissements font preuve d'une créativité contestée par les investisseurs ; ce fut le cas de Commerzbank en février dernier. S. G.

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

[1] Par opposition au bail-out (sauvetage de la banque par l’État), le bail-in (renflouement interne) prévoit que les actionnaires et les créanciers seront prioritairement mis à contribution en cas de difficulté.

[2] L'Union bancaire est un projet européen visant à réduire la dépendance des banques vis-à-vis des États.

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