Cloud is in the air

Introduction

Cloud is in the air

Cette introduction appartient à l'article : Le cloud public, une nécessité souveraine pour les banques

Longtemps considéré comme une solution douteuse, le cloud computing constitue désormais une composante incontournable des systèmes d’information bancaires. Encore faut-il en maîtriser l’usage et bien évaluer ses besoins.

Cloud is in the air

Face à la montée des néobanques nées avec le Web puis les smartphones, les banques traditionnelles se doivent de gagner en agilité et proposer de nouveaux services. Mais avec des systèmes d’information (SI) nés souvent dans les années 1980, il est difficile de faire bouger les infrastructures legacy en place avec la rapidité nécessaire pour lutter contre ces nouveaux concurrents. De plus, la réglementation est en pleine évolution, avec notamment de nouvelles exigences pour lutter contre la fraude, le blanchiment d’argent ou le terrorisme (LCB-FT, lire p. 35), mais également l’ouverture d’une partie de leurs données à un écosystème étendu, comme le prévoit la directive européenne sur les services de paiement (DSP2), ce qui force les banques à se tourner, bon gré mal gré, vers le cloud. Si la tendance, au début des années 2010, était de privilégier le cloud privé (c’est-à-dire hébergé par la société ou sur des serveurs d’un tiers dont seule celle-ci à l’usage), en réduisant au maximum le cloud public (c’est-à-dire en utilisant des services d’un tiers ou en hébergeant ses données et ses applications chez un fournisseur qui mutualisera ses services entre plusieurs clients), ce n’est plus le cas en 2022.

30 % du parc applicatif dans le cloud d’ici 3 ans

« Les promesses du cloud sont maintenant confirmées : il est moins onéreux tout en offrant plus de sécurité et plus de services. Nous estimons que 30 % du parc applicatif des banques françaises sera sur le cloud public d’ici trois ans », affirme Xavier Rebeuf, directeur Recherche et Développement de Sopra Banking Software, qui précise que le cloud peut s’intégrer aux activités bancaires via deux grandes portes d’entrée. D’abord, « la partie “engagement” qui correspond à la partie en contact avec les clients finaux et l’écosystème. Sur celle-ci, le cloud est indispensable pour traiter la mise sur le marché avec des déploiements plus rapide, sans interruption de service et capables d’ajuster la capacité à une demande non prédictible », explique ce spécialiste de la Tech. Ensuite, « la partie “processing” qui couvre les processus métiers de la banque. On distingue deux types de domaine : ceux qui gèrent des flux tels que les paiements ou la tenue de compte par exemple. Dans ce cas, la consommation machine est difficilement prédictible et l’élasticité du cloud devient indispensable pour optimiser le coût total d’exploitation. En revanche, ces activités étant sensibles, la sécurité doit être au cœur de la conception de ces nouveaux outils afin de maîtriser le risque associé. Et les domaines qui gèrent des stocks tels que la gestion des crédits ou des recouvrements d’autre part. Ces activités sont plus prédictibles en matière de consommation. Cette prédictibilité permet d’optimiser l’exploitation via des infrastructures traditionnelles et nous semblent moins prioritaires pour le déploiement dans le cloud», détaille-t-il.

Prendre en compte la réglementation

Pour autant, aller dans le cloud ne doit pas se faire sans prendre certaines précautions. D’une part, le cloud public ne nécessite peut-être pas un fort investissement matériel ou logiciel au départ, mais il a un coût. Qui va se payer à l’usage et suivant des métriques qui varient d’un prestataire à l’autre. Selon l’enquête State of the Cloud de Flexera pour 2022 [1], 66% des responsables informatiques interrogés ont déclaré que l’utilisation du cloud est « plus élevée que prévue initialement cette année ». Ils estiment que leurs organisations gaspillent 32% des dépenses liées au cloud. En outre, les personnes interrogées indiquent que leurs dépenses en matière de cloud public ont dépassé le budget de 13% en moyenne en 2021. Il faut donc bien mesurer ses besoins, et les réévaluer en comparant aux bénéfices que le cloud apporte pour tel ou tel usage. C’est le sens de l’approche FinOps (contraction de finance et opérationnel) qui monte peu à peu en puissance dans les offres des éditeurs et des prestataires.

Des aspects réglementaires doivent aussi être pris en compte. À cet égard, le Haut Comité juridique de la Place Financière de Paris établissait, en mai 2021, un rapport assez complet [2] dans lequel il précisait que le déploiement du cloud « à grande échelle au cœur même des métiers bancaires et financiers, qui implique la transmission à des tiers non soumis à supervision d’informations et données sensibles concernant les clients, se heurte à plusieurs difficultés qui mettent en exergue la situation de dépendance croissante des banques à l’égard d’un faible nombre de prestataires de cloud, essentiellement américains et asiatiques, auxquels la réglementation de la profession bancaire ne s’applique pas, par définition. Ainsi, la structure oligopolistique du marché du cloud, doublée d’une dépendance technologique des banques vis-à-vis de l’expertise des prestataires de cloud, entraîne une profonde interconnexion avec l’ensemble du système financier et est susceptible d’inverser la relation de pouvoir traditionnelle entre le client et le prestataire de services. Ce phénomène de concentration du marché du cloud met également en lumière l’existence de risques de comportements anticoncurrentiels sur les marchés numériques ».

C’est dans cette optique que la European Cloud User Coalition, regroupant 13 grandes banques européennes en janvier 2021, voulait s’adosser au projet Gaia-X [3] pour créer un grand cloud public européen dédié au secteur financier.

Toutefois, cette initiative peine à décoller. Le groupe de travail  (GT) Finance de Gaia-X a pris du retard sur les autres secteurs (automobile ou agriculture). Pour 2022, le GT Finance devrait proposer une première solution autour de deux cas d’usage: la lutte contre la fraude et la gestion des données extra-financières. Ce qui est encore loin d’un véritable outil concurrentiel face aux géants américains et asiatiques du secteur. Les grands prestataires privés n’ont plus qu’à dérouler leur argumentaire. n S. C.

[1] https://info.flexera.com/CM-REPORT-State-of-the-Cloud

[2] télécharger ici : https://www.banque-france.fr/sites/default/files/rapport_42_f.pdftélécharger ici : https://www.banquefrance.fr/sites/default/files/rapport_42_f.pdf

[3] https://www.data-infrastructure.eu/GAIAIX/Navigation/EN/Home/home.html

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