Change et taux

Vers une montée des émissions d’obligations du Trésor américain en 2021

Pour éviter que des tensions n’apparaissent sur la partie longue de la courbe des taux, le Trésor va donc devoir ajuster son offre de titres longs à l’appétit des investisseurs.

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Revue Banque n°853

BILANS BANCAIRES : Les cessions de prêts non performants encouragées

Après un premier plan de soutien de 2 200 milliards de dollars en mars dernier, le Congrès américain vient de décider d’un nouveau plan de 900 milliards. Résultat, de 1 000 milliards en 2019, le déficit budgétaire de l’État fédéral s’est envolé à près de 3 500 milliards de dollars en 2020 (plus de 15 % du PIB) et devrait dépasser les 10 % en 2021… sans compter de possibles nouveaux plans de soutien ou d’infrastructures que la majorité Démocrate au Sénat rend possible !

En 2020 pourtant, l’équilibre du marché des obligations du Trésor est resté favorable au maintien de taux d’intérêt à long terme bas. Malgré l’explosion de ses besoins d’émissions, le Trésor a contribué à dessiner cet équilibre : sur les 4 300 milliards de dollars empruntés en net sur les marchés en 2020, seuls 1 800 ont été financés par des titres longs, le reste l’ayant été par des T-Bills de maturité inférieure à un an. Or, dans le même temps, la Réserve fédérale a acheté 2 100 milliards de titres longs du Trésor. En net, les investisseurs sur le marché obligataire n’ont donc pas contribué au financement du surcroît d’endettement du Trésor et se sont même déchargés de 300 milliards de ses titres longs !

Cet équilibre risque de s’inverser en 2021. D’abord parce que si le déficit de l’État fédéral va se réduire un peu, les achats de la Réserve fédérale devraient se réduire d’autant. Ensuite parce que le Trésor va vouloir refinancer une partie des titres courts arrivant à échéance en 2021 en émettant des titres de maturité supérieure. Si le Trésor souhaite faire rebaisser la part des T-Bills dans le stock de titres émis sur les marchés de 24 % à 15 % – son niveau de janvier dernier – le surcroît de titres longs à absorber par les investisseurs sera de 2 000 milliards de dollars !

Pour éviter que des tensions n’apparaissent sur la partie longue de la courbe des taux, le Trésor va donc devoir ajuster son offre de titres longs à l’appétit des investisseurs. Quant à la Réserve fédérale, le maintien de sa forward guidance renforcée par la révision de ses objectifs d’inflation et de plein-emploi devrait contribuer à prévenir une remontée brutale des taux longs. Et si, comme les minutes du Federal Open Market Committee (FOMC) de décembre dernier le révèlent, elle n’est pour l’instant pas prête à augmenter la maturité des actifs qu’elle achète, le surcroît de titres longs à absorber en 2021 pourrait l’amener à reconsidérer sa position.

 

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