Économie

Une grille de lecture pour la crise qui menace

L'auteur

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°794

Bail-in : les paradoxes du renflouement interne

Quand la Chine déploie sa stratégie mercantiliste pour s’imposer comme l’usine du monde, elle inflige la déstabilisation au reste de la planète. Quand, de surcroît, elle en vient à réprimer sa consommation, elle redouble cette déstabilisation.

Sept années seulement séparent 2001, date à laquelle la Chine obtint son adhésion à l’OMC, et 2008, date à laquelle la désindustrialisation venue de Pékin aboutit à déstabiliser les pays industrialisés. Il y a trois ans, début 2013, a contrario du 18e Congrès du Parti qui venait d’annoncer une réorientation de la croissance vers la consommation, Pékin opta pour reverrouiller l’évolution des salaires de base et pour lancer une campagne anticorruption qui collatéralement nuisait à la consommation des ménages riches. Au lieu de s’accentuer, la consommation se ralentit brutalement et, avec elle, le PIB chinois et le PIB mondial.

Or, selon que la croissance mondiale excède ou non le seuil de 3,5 %, les indices de matières premières s’inscrivent sur une tendance haussière ou baissière. En 2011-2012, ils avaient déjà interrompu leur hausse, parce que la croissance mondiale était alors revenue à 3,5 %. Début 2013, en réaction au choc chinois, la croissance mondiale franchit ce seuil pour lui devenir de plus en plus inférieure. La tendance des indices devint de plus en plus fortement baissière et, à l’été 2014, le marché pétrolier, qui avait été le seul à résister, finit par craquer après que l’Arabie Saoudite eut constaté son impuissance à le stabiliser. Au total, les indices ont déjà reculé de 60 % depuis leurs points hauts, portant grièvement atteinte à l’économie et aux finances des pays exportateurs.

Ceux-ci constituent environ 30 % du PIB mondial. La Chine (18 %) et les États-Unis (18 %) étant eux-mêmes en ralentissement marqué, ce sont donc deux tiers de l’économie mondiale qui sont simultanément en difficulté. Le risque d’une récession mondiale resurgit. Depuis 2001, et plus encore depuis 2008, pour résoudre artificiellement le manque de demande, les divers pays ont tellement recouru à l’endettement qu’il est déjà devenu extrême (y compris en Chine). Pour dynamiser la demande mondiale, c’est donc maintenant une franche relance salariale qui est indispensable. Elle est inaccessible aux pays hors Chine qui sont déjà en butte à la surcompétitivité salariale que leur inflige Pékin, qui conserve seul la capacité d’une relance salariale. Mais tout indique qu’il n’en a pas l’intention.

 

Articles du(des) même(s) auteur(s)

Sur le même sujet