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Une croissance plus fragile ?

La croissance mondiale pourrait être menacée par la plus sérieuse vague protectionniste initiée par les États-Unis depuis le début des années 1970.

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Revue Banque n°823

Attractivité des banques européennes

La croissance mondiale en volume et en Parité de pouvoir d’achat (PPA) s’est probablement établie à un niveau de 4 % en rythme annualisé au deuxième trimestre 2018, c’est-à-dire au même niveau qu’un an auparavant.

Pourtant, cette croissance suscite plus de méfiance que l’an dernier.

D’abord, elle est un peu plus volatile qu’en 2017 et un peu moins alimentée par l’investissement productif, malgré le maintien d’une bonne dynamique de la profitabilité mondiale. Surtout, elle est moins synchrone, avec une probable et récente entrée en récession de certains pays du G20 comme l’Argentine, ou la Turquie, et une perte de momentum macroéconomique dans certaines régions : zone euro, Brésil… Elle est ainsi plus dépendante des États-Unis et de ce fait, elle est plus vulnérable.

Surtout, elle semble plus menacée que l’an dernier. Il y a plusieurs vecteurs de risques : la situation en Italie, par exemple, ou l’accroissement des difficultés de certains pays émergents en raison du resserrement des conditions financières américaines. Mais il paraît évident que les orientations protectionnistes de Donald Trump constituent la principale menace.

La portée mécanique de la hausse des tarifs douaniers sur la croissance est très complexe. Il dépend de nombreux paramètres, parmi lesquels son impact sur les prix intérieurs, sur la dégradation des marges des entreprises importatrices, la substituabilité entre les importations et la production nationale, ou son impact sur le taux de change et la redistribution éventuelle des droits de douane aux agents économiques intérieurs. Une démarche protectionniste peut entraîner d’autres dommages collatéraux indirects : une dégradation de la confiance des entreprises et de leurs projets d’investissement et d’emplois, la perturbation des chaînes de valeur, une baisse des marchés d’actifs risqués, l’aggravation des difficultés dans certains pays émergents, avec la hausse du dollar, la baisse des matières premières, ou une forte exposition à la Chine.

À la mi-juillet, l’augmentation effective des droits de douane initiée par Trump touchait moins de 100 milliards de dollars d’importations américaines, soit 3,2 % du total des importations et 0,5 % du PIB américain. En tenant compte des mesures de rétorsion, il n’y a en l’état aucun effet mécanique visible des mesures déjà décidées à l’échelle mondiale. Quant à l’impact indirect, il est très faible. Dans la plupart des pays clés, les chefs d’entreprise restent confiants quant à leurs carnets de commandes.

Si l’on tient compte des menaces de nouvelle hausse des tarifs américains (portant sur 400 milliards de dollars sur les produits chinois et près de 300 milliards sur l’automobile et les pièces détachées automobiles), c’est un montant d’environ 800 milliards de dollars d’importations américaines qui pourrait être concerné, soit 27 % des importations totales et environ 4,5 % du PIB américain. Il s’agirait alors de la plus sérieuse vague protectionniste initiée par les États-Unis depuis Richard Nixon au début des années 1970.

Ici, l’hypothèse d’un impact négatif global de 0,4 à 0,6 point sur la croissance mondiale à l’horizon de 12 à 18 mois, dommages collatéraux inclus, nous paraît alors plausible.

 

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