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Sixième année de crise : l’explication

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°757

Supervision européenne : intégration ou complexification ?

C'est la sixième année de crise pour les pays de l'OCDE et aucune théorie satisfaisante n'a encore émergé ; les économistes semblent même s'être accordés pour n'évoquer que les excès de la sphère financière. Mais description ne vaut pas explication…

Deux observations sont délaissées, à tort.

Parmi les pays OCDE non exportateurs de matières premières, seules l'Allemagne, la Suisse et la Corée du sud sont sorties de la crise, trois pays qui maintiennent un excédent commercial notoire. La Chine, elle, a maintenu un excédent commercial formidable et a totalement échappé à la crise.

L'explication qui s'impose est que les pays qui restent en crise prolongée sont ceux qui sont victimes du grand déséquilibre mondial des échanges – celui qui, surgi autour de 1995, s'accentua début 2002, après que la Chine eut adhéré à l'OMC, munie de privilèges majeurs.

Avant nous, Kindleberger avait conclu que, dans les années 1930, la crise prolongée de l'Europe venait de l'excédent colossal et renouvelé des États-Unis.

Le répit de 2002 à 2007 vient de ce que la sphère financière, encouragée par les banques centrales, a alors gonflé une bulle immobilière et financé un laxisme budgétaire renouvelé. Ces deux contre-feux venaient neutraliser l'impact très récessif des déficits commerciaux, énormes et croissants, que subissaient les pays déficitaires de l'OCDE.

La sphère financière « achetait du temps ». La crise fut retardée, mais pas annulée. Pire, le délai obtenu accentua l'ampleur de la crise lorsque celle-ci s'imposa en deux temps :

  • éclatement mi-2007 de la bulle immobilière aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Irlande et en Espagne ;
  • fin 2009, crise de confiance dans les dettes publiques de l'OCDE.

Une fois éteints les deux contre-feux, États-Unis, Royaume-Uni, Europe du sud, France et Japon sombraient, sans plus tarder, dans une crise qui se prolonge encore.

La seule issue à leur crise consiste en un retour à l'excédent commercial. Mais pour que les pays déficitaires redeviennent simultanément excédentaires, il faut que les pays chroniquement excédentaires acceptent, eux, que leurs excédents fassent place à des déficits. Ni la Suisse, ni l'Allemagne, ni la Corée du sud, ni encore moins la Chine ne s'y résoudront facilement. C'est la raison essentielle de notre pessimisme quant à une issue prochaine à la crise.

 

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