Crédits aux entreprises

La reprise du crédit aux sociétés se consolide

L’encours des crédits aux sociétés a continué à se redresser début 2016. Sur les prochains trimestres, la croissance de l’encours devrait se maintenir sur des rythmes assez élevés, sans pour autant fortement accélérer. Le coût du crédit est très bas, mais le besoin de financement des sociétés se réduit.

encours de crédits sociétés

L'auteur

  • O Éluère
    • Economiste - Direction des études économiques
      Crédit Agricole SA

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°800

Crédit immobilier : le modèle français menacé

La croissance de l’encours de crédits aux sociétés non financières, assez modérée en 2014 (+2,3 % sur un an en décembre), s’est redressée en 2015, atteignant 4,2 % en décembre. Elle a continué à accélérer début 2016, jusqu’à 5,4 % en juillet. Le rebond est marqué pour les crédits de trésorerie (+9,4 % sur un an en juillet), un peu plus mesuré pour les crédits à l’investissement (+4,2 %). Le flux de nouveaux crédits accordés aux sociétés (en cumul douze mois), encore en baisse en 2014 (-11,4 % sur un an), rebondit nettement (+ 30% sur un an en 2015, 24 % mi-2016). Dans les enquêtes Banque de France, la demande de crédit reste jugée bien orientée. Elle s’accroît sur les derniers mois, mais de façon assez modérée, tirée par les opérations de fusions acquisitions et les dépenses d’investissement.

Le crédit aux sociétés devrait rester en croissance assez soutenue au cours des prochains mois, mais n’accélérerait pas. En effet, le besoin de financement des sociétés devrait continuer à se réduire.

Des entreprises attentistes

L’investissement des sociétés est resté en reprise assez modérée en 2015 (+2,7 % en volume), en dépit d’un contexte favorable : hausse assez nette du taux de marge et des profits, amortissement exceptionnel de 40 %, recul de l’euro, taux d’intérêt très bas. Mais les chefs d’entreprise sont demeurés prudents et attentistes, en raison du ralentissement des pays émergents, d’un climat des affaires assez mitigé et de l’absence de tensions sur les capacités de production. L’investissement progresserait d’environ 4 % en volume cette année et en 2017. Le mouvement de reconstitution des stocks a été marqué en 2015 et se maintiendrait ensuite. La croissance des dépenses des sociétés (en investissement et stocks) a ainsi atteint 4,4 % en valeur en 2015 et serait proche de 5,5 % en 2016 et 4 % en 2017.

Ces rythmes sont assez élevés, mais la croissance des profits est encore plus forte. Se cumulent la montée en charge des mesures de soutien mises en place (CICE, allégements d’impôts et de charges prévus dans le Pacte de responsabilité, amortissement de 40 %), le recul des prix énergétiques et le très bas niveau des taux d’intérêt. Les profits non distribués ont ainsi rebondi de 16,6 % en valeur en 2015 (après 2,7 % en 2014) et s’accroîtraient de 12 % par an en 2016 et 2017. Le besoin de financement des sociétés non financières (différence entre les profits non distribués et les dépenses d’investissement et de stocks) continue ainsi à se réduire. Il atteignait 55 milliards d'euros en 2014, a diminué à 36 milliards en 2015 et serait proche de 30 milliards par an en 2016-2017.

Un rééquilibrage entre dette de marché et crédit

Ainsi, même si les taux sont extrêmement bas, le recours net à la dette (crédit et titres de marché) devrait un peu diminuer. Par ailleurs, les flux nets de titres de marché, notamment obligataires, tendent à se réduire au profit du crédit. En juillet 2016, le flux net de titres est ramené à 23 mil­liards d’euros (cumul sur douze mois) contre 46 mil­liards fin 2014. À l’inverse, le flux net de crédit est passé sur cette période de 19 à 46 milliards. Ceci s’explique notamment par une convergence des coûts de financement entre titres de marché et crédits. À cet égard, on peut noter que les nouvelles mesures de la Banque Centrale Européenne – le programme d’achats de titres de dette d’entreprises (mis en place en mars 2016) et les TLTRO 2 – tendent à réduire à la fois le coût de financement de marché et les taux sur les nouveaux crédits. L’encours de titres de dette des sociétés non financières freinerait légèrement fin 2016 et en 2017, à environ 3,5 % par an contre 5,2 % fin 2015 et 4,1 % mi-2016. Et la croissance de l’encours de crédit aux sociétés se maintiendrait sur des rythmes relativement élevés en 2016 et 2017, sans pour autant accélérer significativement. Elle serait de l’ordre de 4,5 % sur un an fin 2016 et en 2017.

 

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