Économie

À quelles conditions les banques continueront-elles à financer la zone euro ?

L'auteur

  • Patrick Artus
    • Chef économiste
      Natixis
    • Membre du comité exécutif
      Natixis

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°801

Reporting réglementaire : est-on allé trop loin ?

Si on veut que la zone euro continue à être financée par les banques, il va falloir remplir simultanément deux conditions : que les banques disposent de fonds propres suffisants dans les périodes d’expansion, et que l’activité bancaire soit rentable.

On commence à observer la désintermédiation des financements des entreprises, avec une hausse de l’encours des obligations qu’elles émettent et une baisse de l’encours de crédit à ces entreprises.

Or les banques ont une relation de long terme avec les emprunteurs, ce qui contribue à maintenir les financements dans les périodes de difficulté économique. De plus, les marchés financiers se ferment dans les crises et dans les récessions, les primes de risque sur les actions et les obligations des entreprises augmentent énormément.

Pour maintenir le financement des entreprises par les banques, la première condition est que les banques disposent de fonds propres suffisants dans les périodes d’expansion pour qu’il n’y ait pas de risque de crise bancaire dans les récessions. Les stress-tests publiés par l’EBA en juillet 2016 ont montré que c’était le cas pour toutes les banques, sauf deux.

La seconde condition est que la rentabilité du capital des banques doit être suffisamment élevée. Si les banques doivent financer l’économie, elles doivent se développer et, pour cela, détenir davantage de fonds propres. Mais pour pouvoir lever des fonds propres, elles doivent avoir un rendement du capital qui permette d’attirer les investisseurs. Or ce n’est plus du tout le cas du fait de la hausse des fonds propres et de la baisse de la profitabilité des banques.

Pour que le rendement des fonds propres soit élevé, il faut que la profitabilité des banques soit forte. Cela imposerait aujourd’hui une remontée des taux d’intérêt à long terme conduisant à celle des taux des crédits, donc l’arrêt du Quantitative Easing ; et une hausse plus forte des primes de risque incluses dans les taux d’intérêt des crédits bancaires, trop faibles aujourd’hui, avec en particulier la concurrence entre les banques pour les parts de marché [1].

 

[1] Au troisième trimestre 2016, la marge de taux d’intérêt sur les crédits à taux fixe aux ménages dans la zone euro était de 160 points de base en moyenne, contre 100 points de base en 2007. Sur les crédits à taux fixe aux entreprises, de 180 points de base en moyenne contre 110 points de base en 2007 : la hausse des marges de taux d’intérêt a été trop faible d’une part pour compenser le risque de défaut, d’autre part pour redresser la profitabilité des banques.

 

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