La réglementation financière décryptée par le Labex Réfi

Quel taux de rentabilité exiger pour les banques ?

Les banques sont-elles libres de diminuer leurs exigences de rentabilité ? Il semble bien que non : les bêtas devraient se maintenir à des niveaux élevés.

Bêta moyen d'un échantillon de 15 grandes banques européennes

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°757

Supervision européenne : intégration ou complexification ?

Une des raisons fréquemment citées pour expliquer la crise tiendrait aux risques excessifs pris par les banques dans les années 2000. Cette faible aversion au risque s’expliquerait non seulement par de l’aléa moral (conservation des gains en cas de succès, mais pertes limitées en cas d’échec du fait de la garantie « publique » accordée aux banques), mais également par la nécessité de « retourner » ex-post aux actionnaires les taux de rentabilité élevés promis ex-ante. Sous la pression du jeu concurrentiel, les banques auraient été amenées avant la crise à prendre des risques croissants pour rémunérer leurs actionnaires. La période récente (depuis 2009) se serait en revanche traduite par un changement significatif de comportement, les banques souhaitant le plus rapidement possible répondre aux attentes des régulateurs en renforçant leurs fonds propres et en abandonnant certaines lignes de métier trop consommatrices de capital. Si ce qui précède est exact, les taux de rentabilité exigés par les actionnaires des banques auraient dû se réduire dans la période récente du fait de la sortie progressive d’activités risquées et/ou de la baisse des leviers bancaires.

La théorie financière s’est bien évidemment intéressée à la détermination du taux de rentabilité exigé en proposant plusieurs approches. Depuis les années 1960, le modèle standard est le CAPM (ou Médaf en français). Développé par Sharpe, Lintner et Mossin, ce modèle considère que seul le risque non diversifiable doit être rémunéré et qu’un actionnaire doit exiger ex-ante une rémunération égale au taux sans risque (Rf) plus une prime de risque fonction du bêta du projet ou de l’action (risque non diversifiable) multipliée par la prime de risque de marché (égale à l’espérance de rentabilité du marché moins le taux sans risque).

La question du taux sans risque (et de la prime de risque de marché) fait aujourd’hui débat en finance, parce que la dette des États ne peut plus être considérée comme étant sans risque. En revanche, il est possible de déterminer les bêtas à partir d’une méthodologie adaptée. Si l’on observe les données du Tableau 1, on se rend compte que les bêtas moyens des banques ont augmenté depuis la crise, et notamment depuis 2010. Ainsi, si pour simplifier l’on considère un taux sans risque et une prime de risque constante, les actionnaires des banques sont donc en droit de demander une rentabilité plus élevée en 2012 qu’avant la crise.

Ce résultat nous amène à faire plusieurs remarques. Force est de constater que la volonté des banques de réduire le risque ne s’est probablement pas traduite par une baisse de la rentabilité exigée. Bien entendu, la crise de la dette souveraine a pleinement impacté le secteur et probablement plus que compensé les effets induits par les réalignements stratégiques des banques. Notons d’ailleurs que, dans les pays relativement épargnés par la crise de la dette souveraine, les bêtas moyens des banques ont eu tendance à décroître sur la période récente. Ensuite, il n’est également pas certain que les marchés soient pleinement rassurés sur les perspectives de long terme du secteur et notamment sur les besoins en capital des banques. Cette incertitude contribue largement à la volatilité du secteur et à des bêtas élevés. En conclusion, le secteur bancaire est loin d’être « normalisé ». Le taux de rentabilité exigé par les actionnaires demeure historiquement élevé, et les banques n’ont pas retrouvé leur « bêta » d’avant crise. On peut parier que cela prendra encore du temps.

 

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