Economie

Pourquoi le si fort recul des cours boursiers des banques de la zone euro ?

L'auteur

  • Patrick Artus
    • Chef économiste
      Natixis
    • Membre du comité exécutif
      Natixis

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°824

Non-performing loans : une situation qui s’ameliore

Depuis février 2018, les cours boursiers des banques de la zone euro ont fortement reculé. Pourtant, depuis 2009, la solidité financière des banques s’est nettement renforcée. Quelles sont les causes de cette inquiétude des investisseurs vis-à-vis des banques européennes ? Un problème important est que les banques de la zone euro sont robustes financièrement, mais que la rentabilité de leur capital reste insuffisante.

Les cours boursiers des banques de la zone euro reculent fortement depuis février 2018, de 27 % par rapport aux sociétés non bancaires. Le beta des banques (i. e. la sensibilité des indices boursiers des banques à l’indice boursier total) est très élevé : 1,8 sur la période 2016-2018, ce qui reflète la forte sensibilité au risque des banques.

Pourtant, la solidité financière des banques de la zone euro est forte, comme le montre leurs ratios de fonds propres, l’importance de leurs réserves d’actifs sans risque et liquides. Le ratio « Core Equity Tier 1 » de capital des banques de la zone euro est passé de 7,2 % en 2008 à 10,9 % en 2012 et 14,3 % à la fin de 2017. Quand on rajoute les dettes publiques et les réserves à la BCE détenues par les banques de la zone euro, on trouve que ces réserves d’actifs liquides sont passées de 14 % du PIB de la zone euro en 2008 à 30 % du PIB aujourd’hui.

Que reprochent les investisseurs aux banques de la zone euro ?

D’abord, aujourd’hui, leur exposition à certains pays en difficulté, comme la Turquie (les banques de la zone euro ont une exposition de 122 milliards d’euros sur la Turquie, plus de la moitié pour les banques espagnoles, 32 milliards d’euros pour les banques françaises).

Les investisseurs s’inquiètent aussi de la nouvelle dégradation du risque souverain dans certains pays de la zone euro (en particulier l’Italie), alors que le risque bancaire est toujours corrélé au risque souverain en raison de la détention de dette publique de leur pays par les banques. Le CDS souverain de l’Italie est monté à 270 points de base, le CDS des banques à 230 points de base, les banques italiennes détiennent 172 milliards d’euros de dette publique de l’Italie.

Enfin, alors que profitabilité des banques de la zone euro est encore faible (le ROE des banques de la zone euro était de 16 % en 2006, il est de 6 % en 2018 ; leurs profits représentaient 0,8 % du PIB en 2006, un peu plus de 0,3 % en 2017), le ralentissement de la croissance et l’aplatissement de la courbe des taux d’intérêt (le taux des swaps à 10 ans en euros oscille autour de 0,8 %) sont tous les deux défavorables aux banques.

Les banques de la zone euro sont donc solides (fonds propres et réserves de liquidité de grande taille), mais leur rentabilité (profitabilité) reste nettement plus faible qu’avant la crise. Cette faiblesse initiale de la rentabilité du capital des banques les pénalise, évidemment, lorsque des menaces apparaissent : crise turque, remontée du risque souverain, freinage de la croissance, aplatissement de la courbe des taux. La seconde étape du redressement des banques européennes, après celui de la solidité financière, sera celui de la profitabilité.

 

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