Change & Taux

La position de la BCE n’est pas si immobiliste qu’on le prétend

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Revue Banque n°771

Union bancaire : que veut l'Allemagne ?

La BCE a préféré le statu quo, malgré les anticipations de baisse des taux ou de mesures de liquidité. Il est vrai que M. Draghi avait précisé les deux éléments qui auraient conduit la banque centrale à agir : un durcissement non souhaité des conditions sur le marché monétaire à court terme ou une détérioration des perspectives d’inflation. Si l’Eonia [1] a été fortement agité en janvier, le marché interbancaire s’est depuis apaisé ; quant à l’inflation, elle a légèrement remonté, tout en restant loin de 2 % ; les anticipations découlant des obligations indexées reculent, sans signaler pour l’instant de déflation. On peut penser que la BCE préfère économiser ses derniers outils et aussi qu’elle hésite à se lancer dans un programme d’expansion quantitative explicite, après le verdict ambigu de la cour constitutionnelle allemande. Mais cette décision, ou absence de décision, un peu décevante à dire vrai, est contrebalancée par les propos de M. Draghi lors de la conférence de presse. En particulier, il a mentionné le change d’une façon assez peu fréquente. Rappelant bien sûr la doctrine, à savoir que le change n’est pas un objectif, il a tout de même expliqué que la devise avait un effet sur l’activité et sur les prix, allant jusqu’à préciser que l’appréciation de l’euro aurait ainsi enlevé « 0,4 ou 0,5 point » à l’inflation en 2 ans. Le vice-président de la BCE, Vitor Constâncio, a d’ailleurs souligné que les marchés ont négligé en cela un message essentiel. Ajoutons à cela l’insistance mise sur la disponibilité de tous les outils, le renouvellement du « guidage prospectif » sur les taux, et les déclarations de Sabine Lautenschläger, qui vient de quitter la Bundesbank pour rejoindre le directoire de la BCE, donnant son accord de principe à des taux négatifs, une expansion quantitative, ou des prêts à long terme ciblés ; on voit que la position de la BCE n’est pas si immobiliste qu’on le prétend. Bien entendu, on pourrait souhaiter un activisme plus grand, des mesures préventives, des achats de titres, une action explicite sur le change. Mais il ne faut pas oublier que la BCE est contrainte, d’une part, par ses statuts et les objectifs que ceux-ci lui assignent et, d’autre part, par la composition même de ses organes dirigeants, qui reflètent des préoccupations ou des doctrines économiques très diverses – diversité que l’on retrouve aussi dans les opinions publiques des différents pays. Au total, la BCE se montre bien plus pragmatique qu’on ne lui en fait la réputation.

[1] Euro OverNight Index Average.

 

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