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Le mouvement de dévaluation du yuan est absolument inacceptable

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Revue Banque n°803

Numéro double 803-804 : Prospective 2017 - Rétrospective 2016

En renouvelant depuis 2002 des excédents commerciaux en dépit d’une croissance beaucoup plus forte que celle de ses partenaires, la Chine démontrait qu’en obtenant son adhésion à l’OMC fin 2001, elle s’était arrogé une surcompétitivité manifeste. Celle-ci irritait ses partenaires parce qu’elle reposait sur une manipulation éhontée du cours du yuan par Pékin. Pour désamorcer leurs critiques, Pékin concéda à bon compte une légère appréciation du yuan, portant son cours de 8,28 yuans (pour 1 dollar) à 6 yuans entre mi-2005 et fin 2013. Une appréciation toutefois très loin d’être suffisante pour rééquilibrer les échanges mondiaux…

Début 2014, dans une grande discrétion, Pékin entreprit de renverser le mouvement du yuan. Depuis lors, en quatre étapes successives, il a infligé au reste du monde une dépréciation de 12 % du yuan contre dollar, portant son cours de 6,00 à 6,92. À n’en pas manquer, une opération très fructueuse pour Pékin : en 2013, l’excédent commercial annualisé de la Chine évoluait autour de 275 milliards de dollars ; en 2016, il aura évolué autour de 550 milliards de dollars, soit un doublement en trois ans. La Chine exporte désormais vers les États-Unis trois fois plus qu’elle n’importe et exporte vers l’Union européenne deux fois plus qu’elle n’importe. Quant à son excédent avec les pays émergents, il s’est aussi renforcé depuis que le re-verrouillage des salaires ouvriers, suite à l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping fin 2012, a induit un ralentissement mondial et, in fine, un effondrement prolongé des matières premières.

Certains osent encore justifier la baisse du yuan par la baisse simultanée des réserves de change de la Chine. Ils oublient que cette baisse du yuan s’articule avec une autre novation : Pékin, depuis 2014, a mandaté les entreprises chinoises (et plus souvent encore des fonds de l’État chinois lui-même) à s’emparer d’actifs à l’étranger, depuis les entreprises technologiques occidentales jusqu’à l’immobilier à Londres ou à Vancouver… En réalité, Pékin décidait alors de convertir une partie de ses énormes réserves de change en actifs tangibles de la Chine à l’étranger. Les sorties de capitaux qu’il encourage sont tellement énormes qu’elles dépassent maintenant l’excédent commercial (qui lui-même inscrit des records comme on l’a vu).

Pékin, à travers l’OMC, s’emploie à interdire tout protectionnisme douanier face au made in China alors même qu’il accentue un protectionnisme de change agressif et conquérant. Quand viendra donc l’indispensable réaction du reste du monde ?

 

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