Gestion collective

Le modèle de distribution de l’industrie française est-il encore adapté ?

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Avec 723 milliards d’euros d’encours sous gestion (fin 2011), la gestion française voit plus de 120 milliards s’envoler sur 1 an. Jusqu’en 2008, la collecte nette a toujours été positive, même durant les phases de crise, comme en 2001-2002 avec la crise des valeurs technologiques. La gestion collective a donc progressé, notamment grâce à une collecte nette positive, et plus rapidement encore lors des phases haussières de marché. Cette tendance s’est arrêtée en juin 2007 avec la crise des subprime et la faillite de Lehman Brothers. Comme nous le savons, la crise financière connaît encore des effets en 2012. À la baisse des marchés qui rogne les encours gérés s’ajoute la défiance des investisseurs pour les Sicav. Les conséquences se matérialisent en rachats massifs et transferts de liquidités sur d’autres supports d’investissement, en particulier l’immobilier. L’industrie se voit donc dans l’obligation de répondre aux défis posés par la situation présente et aux attentes des investisseurs, qui a minima espèrent conserver la valeur réelle de leur capital.

Un défi de taille : ramener les épargnants sur la gestion collective

Fin 2011, la crise s’intensifie pour les gérants de fonds, avec une chute des encours de l’ordre de 14 %, ramenant le montant des actifs sous gestion au niveau de l’année 2004. L’année 2011 s’avère finalement encore plus difficile que 2008. Alors que le taux d’épargne des ménages poursuit sa progression pour atteindre 17 % [1], la crise provoque une défiance des ménages sur toutes les formes de gestion collective (y compris les fonds en euros) au profit des actifs liquides non risqués. Aucune classe d’actifs ne résiste, si l’on met de côté les fonds de matières premières qui voient leurs encours progresser d’une centaine de millions d’euros. Un tiers de la baisse provient des fonds d’actions et 30 % des fonds de trésorerie. Pour les actions, la baisse des marchés explique les deux tiers du recul des encours, tandis que pour les fonds de trésorerie, on mesure l’effet cumulé de la fuite des investisseurs vers la liquidité (record d’ouverture de livrets A) et de la politique des banques avec des offres concurrentes (dépôts à terme) anticipant des règles bilancielles plus contraignantes.

Sur la diminution de 122 milliards d’euros de l’encours sur l’année, les marchés n’ont contribué qu’à une baisse de l’ordre de 38 milliards : ce sont les rachats massifs qui expliquent la dégringolade. En 2008, la baisse des marchés avait en quelque sorte surpris les investisseurs. Ce n’est pas le cas en 2011, puisqu’ils ont finalement « anticipé » un krach « annoncé ».

Le temps nécessaire aux autorités politiques pour mettre en place un consensus pérenne autour de la dette souveraine européenne impatiente, inquiète et se traduit par une fuite des investisseurs hors des produits de taux de la zone euro. La décollecte est générale dans le monde depuis le mois de juin 2011 sur les fonds UCITS. Le pic semble avoir été atteint en septembre, avec une décollecte de près de 50 milliards d’euros. Sur les 11 derniers mois, la décollecte dépasse 84,5 milliards, provenant pour l’essentiel des fonds d’investissement en actions.

Même si le Royaume-Uni n’échappe pas à la règle, sa collecte reste positive dans toutes les classes d’actifs. Étonnante situation, totalement inverse à celle enregistrée en France sur la même période. Pendant que la France accuse des rachats nets de 38 milliards d’euros sur ses fonds, l’industrie anglo-saxonne affiche une collecte positive de 21,5 milliards d’euros. Les fonds diversifiés enregistrent les meilleurs résultats, et même les fonds actions sont en collecte positive.

La crise de confiance n’est pas une fatalité

Les comparaisons internationales sont toujours délicates, mais elles ont au moins le mérite de nous interpeller. En effet, de nombreux commentaires sur la contre-performance de l’industrie financière française exonèrent un peu facilement les promoteurs en évoquant principalement le contexte économique (dette souveraine) ou l’impact réglementaire (Bâle III). Il ne viendrait l’idée à personne de nier les effets dépressifs de ces éléments, mais pourquoi, dans ce cas, les autres pays européens (Royaume-Uni, Suisse et Allemagne) s’en sortent-ils plutôt mieux que nous ?

Dans le bilan positif de la gestion britannique, deux éléments sont à méditer. Le premier est la très bonne tenue des fonds « balanced/mixtes » et obligataires, liée à une offre de produits adaptée et à un savoir-faire reconnu. Le second est la performance des plates-formes et donc des « investment advisors » (l’équivalent de nos Conseillers en gestion de patrimoine), qui voient leurs encours progresser de 39,2 à 43,4 milliards de livres, pour une part de marché progressant de 36 à 41 %. Dans un contexte difficile où la proximité et la continuité sont des atouts importants pour une industrie basée sur la confiance, il semblerait que le modèle de distribution intégrée tel que nous le connaissons en France ait des leçons à tirer du modèle anglo-saxon.

 

[1] Banque de France, 2e trimestre 2011.

 

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