Économie

Les émergents face à la normalisation des politiques monétaires non conventionnelles

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Revue Banque n°781

Chambres de compensation : un saut vers l’inconnu

Les pays émergents vivent depuis 6 ans à l’heure de la Réserve Fédérale américaine. Les politiques monétaires accommodantes mises en place par la Fed et par les banques centrales des pays du G3 ont généré de très rapides afflux de capitaux dans les pays émergents, une baisse de leurs taux d’intérêt et une forte appréciation de leurs taux de change entre 2010 et 2012. Ce mouvement a été suivi d’une brusque correction en 2013-2014 après que la Fed a annoncé, en septembre 2012, qu’elle allait mettre un terme à sa politique d’assouplissement quantitatif. Cet assèchement de la liquidité mondiale a durement affecté les marchés émergents. D’où vient cette dépendance ? Les politiques d’assouplissement quantitatif mises en place dans les pays développés ont réduit l’offre de titres obligataires disponibles pour les investisseurs privés ainsi que leur rentabilité attendue, et augmenté l’appétit des investisseurs pour des actifs de substitution, offrant des rendements ajustés du risque plus élevés. Ces mouvements de réallocation de portefeuille ont fait monter les prix et ont réduit les taux de rentabilité attendus dans les pays émergents. Dans le même temps, les entreprises non financières de ces pays ont accru leurs emprunts en devise étrangère sur les marchés obligataires internationaux, ce qui a accentué la dépendance de ces pays aux taux d’intérêt étrangers.

Cette forte dépendance a plusieurs conséquences potentiellement dangereuses pour les pays émergents :

  • d’une part, elle accentue le risque de crise, ces pays devenant extrêmement sensibles à un retournement brusque des flux de capitaux. Un récent article de la Banque Mondiale [1] estime que la fin de l’assouplissement quantitatif pourrait réduire les flux de capitaux vers les marchés émergents de 10 %, impactant négativement le PIB de ces pays de -0,6 % ;
  • d'autre part, elle limite la capacité des banques centrales des pays émergents à poursuivre leurs objectifs de politique monétaire, et notamment à lutter contre l’inflation, tout en préservant la stabilité financière. Lutter efficacement contre l’inflation nécessite une politique crédible de taux de change flexible ; or la volatilité des flux de capitaux vient limiter cette flexibilité. Les pays aujourd’hui les plus durement affectés (dépréciation de change, baisses des marchés et pertes sur leurs réserves) par la normalisation des politiques monétaires sont ceux ayant les marchés les plus développés et les plus liquides, et ceux qui ont autorisé les fluctuations les plus importantes de leurs taux de change.

[1] Voir World Bank (2014), Global Economic Prospects: Coping with Policy Normalization in High-Income Countries, Washington, DC.

 

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