Économie

Les dynamiques de la liquidité globale

L'auteur

Revue de l'article

La liquidité globale est aujourd’hui sujette à beaucoup d’attention de la part des académiques, des banquiers centraux et des régulateurs. À examiner les politiques monétaires conduites par les banques centrales des pays développés depuis la crise, nous semblons vivre dans un monde d’extrême abondance de la liquidité monétaire. Mais la notion de liquidité globale est complexe et recouvre à la fois les liquidités publique et privée. Ainsi, en temps normal, la part la plus importante de la liquidité est créée par le secteur privé. Elle provient d’opérations entre institutions financières. Cette liquidité a connu ces dernières décennies une augmentation tendancielle, du fait de l’innovation et de l’intégration financière plus forte entre pays. Mais elle est également fortement cyclique, et dépend des conditions macroéconomiques et de l’appétit pour le risque. Mesurer la liquidité globale est donc complexe et ne peut se faire que via une batterie d’indicateurs, incluant prix et quantités.

Les travaux récents d’Eickmeier et al. [1] analysent une dizaine de variables et mettent en évidence trois facteurs explicatifs de liquidité globale :

  • un facteur de liquidité monétaire ;
  • un facteur d’offre de crédit ;
  • un facteur de demande de crédit.

L’analyse de la dynamique de ces facteurs au cours du temps est très instructive. Elle montre que les conditions d’offre de crédit se sont considérablement assouplies du milieu des années 1990 jusqu’en 2007. Le début de la crise des subprime a été associé à des conditions monétaires beaucoup plus souples, tandis que l’offre de crédit s’est resserrée et que la demande a été faible. Ainsi, les conditions accommodantes de liquidité monétaire ont en partie contrebalancé l’impact négatif des conditions de liquidité privée qui se sont resserrées. La plupart des crises financières font suite à des périodes de liquidité globale excessive, échappant en grande partie au contrôle des décideurs politiques nationaux. La crise asiatique, celle des subprime, mais également la crise de la zone euro ne font pas exception. C’est l’environnement de liquidité abondante et d’appétit au risque élevé qui ont favorisé la convergence des taux d’intérêt des pays européens à des niveaux très bas, sans refléter les différences économiques fondamentales entre pays. Malheureusement, en l’absence de cadre théorique, déterminer le niveau optimal de liquidité globale permettant de soutenir la croissance durable et la stabilité financière est aujourd’hui une tâche malaisée.

[1] S. Eickmeier, L. Gambacorta et B. Hofmann (2013), « Understanding Global Liquidity », BIS Working Paper, janvier.

 

Articles du(des) même(s) auteur(s)

Sur le même sujet