Economie bancaire

Les banques européennes vues de Washington D.C.

Dans son rapport sur la stabilité financière publié le 19 avril dernier, le Fonds monétaire international (FMI) semble dresser un diagnostic sévère du système bancaire européen. Les apparences sont trompeuses et une lecture plus approfondie révèle une approche plus nuancée.

Les banques européennes vues de Washington D.C.

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°808

Temps réel : quand le paiement devient instantané

L’analyse du FMI [1] porte sur un échantillon large de 172 banques de 16 pays européens (dont le Royaume-Uni et la Suisse) cumulant près de 35 000 milliards de dollars d’actifs. Sitôt qu’il souligne, à raison, les vertus de la rentabilité bancaire en matière de stabilité financière, le FMI en déplore le niveau trop faible qui caractérise les banques européennes (la rentabilité financière étant jugée « suffisante » au-delà d’un Return on Equity de 8 %). Les surcapacités, de trop faibles revenus, des coûts d’exploitation excessifs en sont les principales causes avancées. Au-delà de ce constat général, l’intérêt de l’analyse réside dans la différenciation opérée selon le degré de diversification géographique du portefeuille d’activités des banques. Ainsi, celles dites « domestiques » (plus de 70 % de leur Produit net bancaire (PNB) ou, à défaut, de leurs actifs, dégagés au sein de leur pays d’origine) étaient, en 2016, 75 % à présenter une rentabilité trop faible. Le constat est identique, quoique légèrement moins patent, pour les banques dites « globales » (plus de 30 % de leurs revenus hors d’Europe), dont 65 % souffraient, en 2016, d’une rentabilité financière inférieure à 8 %. En revanche, les banques « à vocation européenne » (plus de 70 % des revenus en Europe mais moins de 70 % dans leur pays d’origine), étaient moins de 15 % à pâtir d’une rentabilité insuffisante. Plusieurs systèmes bancaires d’Europe du Sud qui souffrent d’une accumulation de créances douteuses abritent principalement des banques dites « domestiques » (100 % des actifs bancaires en Grèce, 87 % au Portugal, 66 % en Italie). C’est également le cas du système bancaire irlandais (100 %) qui a connu les affres de la crise entre 2008 et 2010. L’exception vient d’Autriche où 70 % des actifs bancaires sont détenus par les banques « domestiques », mais où les banques les plus vulnérables sont plutôt exposées aux Pays d’Europe de l’Est. Les banques dites « globales », qui constituent la deuxième catégorie à présenter une proportion importante de banques insuffisamment rentables, ne sont recensées que dans 4 des 16 pays étudiés. Elles sont surreprésentées dans 2 pays au titre des activités internationales de banques d’investissement et de gestion d’actifs (71 % des actifs bancaires en Suisse, 67 % au Royaume-Uni). En Espagne, leur part prépondérante des actifs bancaires consolidés (58 %) procède plutôt des expositions de Santander et de BBVA en Amérique Latine. Enfin, les banques « à vocation européenne » prédominent en France (68 % des actifs bancaires) mais, du fait de la taille importante du système bancaire, y présentent un poids relatif moindre qu’aux Pays-Bas (85 %) et en Suède (79 %). Les trois banques de cette catégorie établies en France détiennent à elles seules près de la moitié (49,2 %) des actifs de la catégorie en Europe.

Diversification

La classification du FMI est séduisante. Elle suggère que la meilleure rentabilité financière des banques françaises (6,6 % en moyenne en 2016, contre -1,4 % en Allemagne, +1,8 % en Italie, +5,8 % en Espagne, +4,1 % dans l’ensemble de la zone euro, -0,4 % au Royaume-Uni [2]) trouverait son origine dans leur tropisme européen. La démonstration est juste mais cependant perfectible : la diversification s’apprécie autant sous l’angle géographique que sous celui des métiers. Au demeurant, les auteurs du FMI passent sous silence le lien entre taille et diversification géographique. Or, en incitant à la limitation de la taille des banques et en freinant la consolidation des systèmes bancaires les plus vulnérables appelée de leurs vœux par le FMI et la BCE, le « remède » du régulateur (surcharge G-SIB et son équivalent « levier ») pourrait se révéler pire que le « mal » (la croissance externe de banques dont la défaillance serait économiquement plus coûteuse mais dont le degré de diversification réduirait considérablement la probabilité de défaillance) pour la stabilité financière.

 

[1] « Getting the policy mix right », Global Financial Stability Report, Chapter 1, International Monetary Fund, April 2017. http://www.imf.org/~/media/Files/Publications/GFSR/2017/April/chapter-1/text.ashx?la=en.

[2] Source Datastream – Worldscope, banques cotées.

 

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