Change & taux

Inflation, es-tu là ?

L'auteur

  • Philippe Weber
    • Responsable des études et de la stratégie
      CPR Asset Management

Revue de l'article

« Un spectre hante le monde : le spectre de l’inflation ». Est-il permis de paraphraser ainsi cet incipit célèbre [1] ? Sans doute pas, ou en tout cas pas encore : on est évidemment très loin de craindre réellement l’inflation. Et pourtant, les marchés ont vivement réagi à la hausse des salaires (+ 2,9 % en un an) en janvier aux États-Unis. En soi, pas de quoi pourtant s’inquiéter ni se réjouir : la dernière fois que le taux de chômage était aussi bas, quelque temps avant la crise, les salaires augmentaient de plus de 4 % par an. C’est que bien d’autres signaux commencent à indiquer une accélération – certes légère – des prix et des salaires, et que ce chiffre de janvier ne faisait que les confirmer. On peut ainsi mentionner les diverses mesures d’inflation sous-jacente calculées par certaines Fed régionales, ou encore, à la Fed d’Atlanta, le tableau de bord de l’inflation, qui tient à jour toute une batterie d’indicateurs en comparant leur dernière valeur observée à leur historique : beaucoup des composantes de ce tableau de bord connaissent une inflexion, certains sont même au maximum depuis des années. Peut-être aussi la sensibilité à ce thème des observateurs et des marchés est-elle accrue par la multiplication des travaux des banques centrales sur la courbe de Phillips, courbe qui relie (négativement) le taux de chômage, ou une mesure d’utilisation des capacités productives, à la hausse des salaires, ou à une mesure de l’inflation. Il est frappant de constater qu’après une longue période où beaucoup de travaux publiés concluaient à l’inexistence de la courbe de Phillips, ou au fait qu’elle était horizontale (aucune réaction des salaires ou des prix à l’emploi), ou quasi verticale (toute tentative de faire baisser le chômage conduisait à une explosion de l’inflation), nombre de travaux récents concluent plutôt qu’elle existe toujours, mais qu’elle est plus basse et plus plate : l’inflation réagit moins et moins vite à la baisse du chômage. La raison la plus souvent avancée est que la formulation la plus efficace de la relation de Phillips prenait en compte l’inflation récente, ou l’anticipation de l’inflation à venir. Or, aujourd’hui, l’inflation passée comme les anticipations sont très basses. On pourrait résumer tout cela en disant que les banques centrales ont gagné leur combat contre l’inflation, et, retournement ironique, que cela les gêne dans leurs efforts… pour faire revenir un peu d’inflation.

 

[1] « Ein Gespenst geht um in Europa – das Gespenst des Kommunismus », Manifeste du Parti communiste, 1848.

 

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