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La Fed dans les tenailles de Pékin

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°797

Désintermédiation : qui veut prendre la place des banques ?

La lutte au couteau que Pékin mène pour ravir au dollar son privilège de monnaie du monde se poursuit inexorablement. Dans les années 2009 à 2013, par une campagne de dénigrement des politiques budgétaire et monétaire des États-Unis, Pékin et son allié Moscou avaient réussi à faire grimper le cours de l’once d’or jusqu’à 1 885 dollars en septembre 2011 et à le maintenir au-dessus de 1 600 jusqu’en mars 2013. Le privilège du dollar était en danger.

Menacés, les États-Unis ont d’abord normalisé leur politique budgétaire en septembre 2011 puis, à compter de mars 2013, leur politique monétaire : annonce puis concrétisation en octobre 2014 de l’interruption du Quantitative Easing et en décembre 2015 de la sortie du taux zéro. Grâce à cela, l’or reflua brusquement en dessous de 1 400 dollars (pour atteindre 1 050 en décembre 2015). Le dollar s’envola aussi contre presque toutes les devises. Le yuan fut la seule grande devise à rester accrochée à ce dollar haussier jusqu’à ce que Pékin décide un premier décrochage du yuan le 11 août 2015 (-3 % contre dollar), ce qui fit d’ailleurs trembler Wall Street. La diplomatie américaine en tira toutefois profit dans la négociation programmée en 2015 par le FMI pour définir le nouveau DTS [1] : le 30 novembre, le FMI annonça que la part du dollar resterait intacte à 42 % tandis que le yuan rentrerait avec une part limitée à 11 %. Pékin, qui avait rêvé une part égale à celle du dollar, riposta.

Il annonça le 11 décembre 2015 que désormais le yuan suivrait non plus le dollar mais un panier de treize monnaies (36 % pour euro + yen et 26,5 % pour le dollar). Cela provoqua un deuxième décrochage de 3 % du yuan et une deuxième secousse sur Wall Street. À Shanghai en février 2016, la Chine explicita devant le G20 les conséquences de ce nouveau référencement du yuan : une hausse significative du dollar contre euro et yen s’accompagnerait d’un autre décrochage du yuan (et indirectement d’une autre secousse sur Wall Street). Or la Fed sait qu’une correction sur Wall Street ferait basculer l’économie américaine dans une récession franche et prolongée. Elle s’est dès lors employée à réduire les anticipations de hausse marquée de son taux, ce qui a fait reculer le dollar contre l’euro et le yen : ainsi, le cours dollar/yuan est resté stable, ce qui a protégé Wall Street. Mais dans le même temps, le cours de l’or a déjà rebondi de 1 050 à 1 280 dollars. Pékin a mis ainsi la Fed dans un corner : si elle monte son taux, elle vulnérabilise Wall Street et la croissance ; si elle s’abstient, elle met en danger le privilège du dollar.

Achevé de rédiger le 20 mai 2016

 

[1] Droit de tirage spécial.

 

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