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Faire baisser l'euro, solution taboue

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°767

Numéro double 767-768 : Rétrospective 2013 - Prospective 2014

La déflation en zone euro n’est pas le scénario principal. Que la BCE le répète n’en est pas le meilleur signe, bien sûr : elle serait la dernière à en parler, ne serait-ce que pour ne pas provoquer d’anticipations en ce sens. Il n’en reste pas moins qu’avec une hausse des prix aussi basse, 0,9 % alors que la BCE s’est fixé comme objectif une inflation « inférieure à 2 % mais proche de 2 % », et surtout qui continue à baisser dans tous les pays, la question peut se poser. On ne parle pas d’une baisse temporaire des prix venant, par exemple, d’une baisse du prix du pétrole, mais bien d’une baisse du niveau général des prix (biens, services et actifs) et des salaires, et d’une contraction des moyens de paiement. La tendance est à la baisse, on le disait, mais, surtout, elle pourrait se poursuivre : l’écart de production est très négatif, ce qui tire les prix vers le bas, et la reprise timide envisagée pour 2014 ne suffira pas à le combler. De plus, les coûts salariaux unitaires ralentissent, et, dans un contexte de chômage très élevé, il ne faut pas s’attendre à une hausse des salaires. Ensuite, l’euro est très cher, et, malgré l’annonce du ralentissement prochain de la création de monnaie centrale aux États-Unis, le dollar ne remonte pas. Enfin, la croissance des agrégats monétaires et de crédit est très inférieure à ce qui serait souhaitable. Le risque de déflation, même s’il est encore modéré, est donc bien là. Que faire ? Prévenir à tout prix : guérir est très difficile, comme l’ont montré les deux dernières décennies au Japon, sans même parler des années trente. Si le risque se précise, la BCE devra tout mettre en œuvre, là encore « whatever it takes », comme M. Draghi l’avait dit pour la sauvegarde de l’euro, et s’assurer que « ce sera suffisant ». Les options sont limitées : baisser les taux, quitte à avoir un taux négatif ; acheter, et non plus emprunter, des actifs financiers, sans stérilisation, ce qui donnerait plus de liquidités et soutiendrait le prix des actifs, aidant peut-être ainsi la consommation ; faire baisser l’euro, solution pour l’instant un peu taboue, et difficile à réussir, sinon par achats massifs et non stérilisés de dollars : cela aurait le double effet d’importer un peu d’inflation et de relancer les exportations ; tabou pour tabou, pourquoi ne pas faire un peu de provocation et imaginer une hausse concertée de la TVA en échange de la baisse d’impôts directs, accompagnée d’une réindexation des salaires et d’une baisse de l’euro ? Simpliste et brutal, mais à risque exceptionnel, mesures exceptionnelles.

 

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