Economie

Digitalisation des services financiers : quel impact sur l’épargne individuelle ?

L'auteur

  • M. Brière 2
    • Head of Investor Research Center
      Amundi
    • Managing Editor
      Bankers, Markets and Investors

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°798

Innovation financière : l’effervescence des pays émergents

La gestion de l’épargne vit une révolution numérique grâce aux FinTech et à la mutation des acteurs de la gestion d’actifs, qui proposent en ligne des solutions individualisées. Peut-on en espérer une meilleure allocation de l’épargne des ménages ?

De nombreux travaux empiriques ont montré que les particuliers allouent leurs portefeuilles de façon assez éloignée de ce que recommande la théorie financière. Ils épargnent de manière insuffisante par rapport à leurs besoins, notamment pour la retraite. Leur allocation souffre de nombreux biais : investissement très limité en actions, diversification insuffisante, préférence pour les titres les plus familiers (surinvestissement dans l’entreprise qui les emploie ou les actifs domestiques…). De façon surprenante, même lorsque l’investissement est intermédié par un conseiller professionnel, les allocations individuelles restent fortement biaisées. De récents travaux [1] montrent que les conseillers financiers ont tendance à orienter leurs clients vers des portefeuilles très proches de celui dans lequel ils investissent à titre personnel, indépendamment des préférences du client pour le risque et de sa situation.

Des conseils automatisés et personnalisés, construits sur la base de modèles de choix de portefeuille tenant compte des préférences des clients et de leur situation dans le cycle de vie, devraient permettre de bâtir des offres plus en ligne avec les besoins. Mais on connaît encore mal les risques liés à cette digitalisation des services. L’exemple du Chili est particulièrement instructif. Une société de conseil financier a été créée en 2011 pour satisfaire la demande des investisseurs individuels d’allouer dynamiquement leur épargne retraite en fonction des phases de marché. Pour 20 dollars par an, ils recevaient un conseil régulier en placement. Les épargnants ont massivement suivi ces recommandations, et rebalancé leurs portefeuilles sur la base de conseils qui se sont avérés peu judicieux, mettant dans certains cas en péril leur effort d’épargne et menaçant la stabilité des marchés financiers chiliens [2]. L’encadrement et la régulation de ces activités de conseil seront donc essentiels.

 

[1] Foerster et al. (2014), « Retail Financial Advice: Does One Size Fit All? », NBER Working Paper.

[2] Da et al. (2016), « Coordinated Noise Trading : Evidence from Pension Fund Reallocations », NBER Working Paper.

 

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