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La délicate comparaison des politiques monétaires anticrise

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Les banques ont emprunté 800 milliards d’euros à 3 ans auprès de la BCE, puis en remboursent 200 par anticipation ; la Réserve fédérale achète 85 milliards de dollars de titres tous les mois ; la Banque d’Angleterre maintient à 375 milliards de livres son programme d’achat ; la Banque du Japon annonce qu’elle va doubler sa base monétaire en 2 ans.

Qui en fait le plus ? Comment comparer ces politiques ? Le bilan de chaque banque centrale est en fait spécifique. À l’actif, la part relative des achats de titres et des prêts aux banques, la proportion d’éléments non monétaires (portefeuille détenu en propre, immobilisations…) ou celle de l’or et des devises sont variables. Au passif, la répartition entre compte des banques (réserves), billets de banque, donc base monétaire (somme de ces deux éléments) et éléments non monétaires (capital, par exemple), varie d’un pays à l’autre. Enfin le rapport entre la taille du bilan et le PIB dépend de l’organisation institutionnelle, du fonctionnement du marché monétaire et aussi de l’histoire. Ainsi, avant la crise, le bilan de la Banque d’Angleterre ou de la Réserve fédérale représentait à peine plus de 5 % du PIB de leur pays respectif, celui de la BCE 13 %, celui de la Banque du Japon 20 %. Depuis 2008, la Banque d’Angleterre a presque quintuplé son bilan, la Réserve fédérale presque quadruplé, la BCE un peu plus que doublé. Cela représente quelque 20 points de PIB pour la BCE et la Banque d’Angleterre, 10 pour la Réserve fédérale. Les réserves ont été multipliées par 45 aux États-Unis, par 15 au Royaume-Uni, par 5 en Europe, pour représenter respectivement 10, 16 et 6 % du PIB. On voit par là que les comparaisons ne peuvent être que prudentes, d’autant que la façon d’accroître le bilan joue aussi : la Réserve fédérale, pour l’essentiel, achète des titres, tandis que la BCE prête aux banques. Mais c’est aussi que le financement de l’économie passe surtout par les banques ici, par les marchés là-bas.

Et le Japon ? La banque centrale s’apprête à acheter des titres jusqu’à doubler la base monétaire : cela représentera donc un accroissement de cette base, et donc, toutes choses égales par ailleurs, du montant des réserves et de la taille du bilan, de 27 % du PIB. C’est énorme, plus que ce que les trois autres banques centrales citées ont fait. Cela fonctionnera-t-il ? L’expérience des États-Unis – baisse des taux permettant la relance du logement et des biens durables, hausse du prix des actifs financiers ou immobiliers, accroissement de l’appétit pour le risque, et aussi baisse de la devise – le laisse espérer.

 

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