Économie

L’Allemagne, grande gagnante des années de crise

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À l’occasion des élections du 22 septembre 2013, l’Allemagne apparaît comme le pays « vainqueur » en Europe, plus spécialement depuis le début de la crise de la dette souveraine en 2010. Seul grand pays de l’Union européenne à avoir dépassé son niveau du PIB réel de début 2008, il présente aussi des ratios macrofinanciers satisfaisants : excédent budgétaire dès 2012, dette publique/PIB en légère baisse en 2013, excédent courant de 7 % du PIB (2012), position extérieure créditrice de 40 % du PIB.

Cette « victoire » vient en grande partie de la « stratégie de compétitivité » entamée au début des années 2000  (agenda 2010 et réformes Hartz), qui a porté ses fruits à partir de 2003 (hausse de la profitabilité, hausse de l’excédent courant, baisse du ratio déficit public/PIB) et 2005 (reprise de l’emploi, en particulier dans les services, de l’investissement, gains de parts de marché…).

Depuis 10 ans, c’est l’un des seuls pays de l'UE à ne pas s'être désindustrialisé. Son poids dans l’industrie de la zone euro (hors construction) est passé à 37,5 % en 2012, contre 34 % en 2002. Son poids dans les exportations totales de marchandises de la zone est passé de 32 % en 2002 à 35 % aujourd’hui.

En matière de finances publiques, c’est aujourd’hui l’un des derniers pays occidentaux, et tout particulièrement dans la zone euro, à conserver son AAA.

Mais l’Allemagne a aussi bénéficié des atouts traditionnels du pays, préalablement aux réformes de G. Schroeder : gros effort de recherche-développement, efficacité relative du système éducatif, capacité des entreprises à croître, capacité exportatrice des firmes…

La crise de la dette souveraine a elle-même, pour le moment, renforcé la position de l’Allemagne. Certes, cette crise a en partie pesé négativement au plan économique : baisse des exportations vers la zone euro, incertitudes et impact négatif sur l’investissement. Mais cela a été en partie compensé par l’amélioration des conditions financières en Allemagne, grâce au caractère « refuge » du pays (baisse considérable des taux longs, spreads de crédit plus faibles, hausse plus forte de la Bourse allemande de 16 % par rapport à l’Eurostoxx 50 depuis le point bas de mars 2009) et à la baisse du taux de change effectif réel de l’Allemagne entre 2010 et 2012 (alors même que c’est ce pays qui exporte le plus à l’extérieur de la zone euro).

Enfin, la situation créditrice nette de l’Allemagne a évidemment renforcé la position politique allemande dans toutes les négociations et sommets européens depuis 2010.

 

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