Quelle stratégie sur les frais de recherche dans le cadre de Mifid II ?

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°815

Numéro double 815-816 : Prospective 2018 - Rétrospective 2017

Avec l'entrée en vigueur de Mifid II depuis le 3 janvier 2018, les sociétés de gestion doivent se positionner sur les frais de la recherche (payée sur leurs ressources ou facturée aux clients) [1] : leurs stratégies sont-elles fixées ?

Les stratégies ne sont pas encore clairement annoncées mais une tendance se dessine, notamment auprès des leaders européens, pour une prise en charge globale des coûts de recherche sur leurs ressources propres. C’est notamment le cas de Blackrock, Aberdeen, State Street ou encore Amundi qui semble s’inscrire dans ce mouvement. Certains acteurs français comme BNPP AM réfléchissent à des approches différenciées suivant les classes d’actif (obligations vs actions) et les types de véhicule (mandats, fonds dédiés, fonds UCITS). Les positions retenues seront vraisemblablement affichées début 2018 et devront quoi qu’il en soit être mises en œuvre très rapidement pour être en conformité avec la réglementation.

Rappelons que cette obligation ne s'applique qu’à la gestion sous mandat et non sur la gestion collective (fonds UCITS…). Jusqu’à présent, la directive Mifid I imposait seulement d’identifier les frais de recherche dans les commissions d’exécution sur les transactions de « cash equity ».

Pourquoi adopter alors une position globale pour l'ensemble de leurs clients ?

D'abord ceux-ci ont une surface financière suffisante pour absorber ce coût et leurs volumes d’actifs sous gestion leur confèrent un pouvoir de négociation auprès des distributeurs de recherche ; ensuite, il est compliqué d'avoir des processus différents par types de clients, sous mandats ou en gestion collective ; en outre, le fait de refacturer les frais au client implique pour l'Asset Manager d'une part de rester dans un budget convenu à l'avance avec le client, mais surtout de justifier la valeur ajoutée de la recherche pour les stratégies d'investissement qu'il mène. Or faire un lien entre la recherche consommée et l'influence positive sur les décisions d'investissement est un exercice qui peut s'avérer complexe et subjectif. Enfin, on peut aussi s'attendre à ce qu’à terme, les règles de Mifid II s'étendent aux fonds Ucits.

Qu'en est-il des Asset Managers de plus petite taille ?

La plupart des petits Asset Managers ont principalement des fonds ouverts qui n’entrent pas dans le scope de Mifid II mais ils restent concernés dès qu’ils gèrent des mandats. En tout état de cause, ils font face à un choix difficile, car d’un côté, avec une base d'actifs plus restreinte, ils ont une capacité moindre à absorber ces frais de la recherche ; de l’autre, le mécanisme de RPA [2] mis en place par Mifid II pour refacturer les frais est coûteux et complexe sur le plan opérationnel.

 

[1] Lire à ce sujet l’article d’Antoine Pertriaux, Hervé Dutot et Alexandre Blondel (Cognizant Business Consulting), « Mifid II : nouvelle donne pour le secteur de la recherche financière », Revue Banque n° 813, novembre 2017.

[2] Research Payment Account.

 

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