Placements privés : les premières mises en garde des investisseurs

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Revue Banque n°784

Les dettes souveraines

Cocorico ! Les EuroPP français viennent de servir de modèle aux placements privés pan-européens (PEPP). Un guide, dont la rédaction a été coordonnée par l’ICMA [1], s’inspire substantiellement des standards des placements privés développés depuis deux ans par la Place de Paris. Leur objectif : diversifier les sources de financement des ETI, libérer les bilans bancaires, mais aussi réduire le recours aux USPP, le modèle concurrent américain. En 2014, le marché des EuroPP a frôlé les 4 milliards d’euros, encore loin des 50 milliards de dollars d’USPP, dont la moitié est le fait d’émetteurs européens. « Le marché de l’EuroPP se dirige peu à peu vers son cœur de cible : les émissions sont de plus petite taille, davantage sous forme de prêt et non d’obligation et sont de moins en moins cotées », s’est réjouie Anne Courrier, de Fédéris Gestion d’actifs lors de la conférence de présentation du guide, à Paris, mi-avril. Ce marché autorégulé n’est toutefois pas à l’abri des écueils. Les investisseurs institutionnels se sont ainsi battus pour le traitement pari passu de cette dette avec les prêts bancaires.

Une pédagogie nécessaire

Mais à l’épreuve de la réalité, cet engagement semble s’étioler : « Dans un contexte de liquidité abondante, la compétition entre les arrangeurs tend à tirer les conditions juridiques des émissions vers le bas, ce qui pourrait les décorréler du risque de crédit pris par les investisseurs », s’inquiète Antoine Maspétiol, chez Aviva Investors France. Négocier de meilleures conditions serait ainsi un moyen pour les arrangeurs de décrocher des mandats auprès des émetteurs alors que la demande de crédit reste faible. Ce marché naissant a besoin de pédagogie, s’accordent à dire les promoteurs de l’EuroPP. Habitués à une relation bancaire multifacette allant souvent bien au-delà du crédit, les émetteurs doivent donner leur confiance à des investisseurs dont ils peuvent redouter la réaction en cas de difficultés financières. « Il faut aujourd’hui compter 6 à 9 mois pour monter une première émission EuroPP avec un émetteur ; c’est normal, car il faut laisser le temps à la confiance de s’installer et montrer que l’on n’est pas là pour “faire un coup” », reconnaît Anne Courrier. Les investisseurs doivent ainsi expliquer les spécificités de leur modèle, très différent de celui des banques. « Les clauses de remboursement par anticipation sont compliquées pour nous assureurs car elles déséquilibrent notre gestion actif-passif. Ce n’est pas un caprice de notre part », explique ainsi Emmanuelle Nasse-Bridier chez Axa. Bien gérer ces points de friction est indispensable à la longue vie de l’EuroPP. « Si l’on abîme ce marché, c’est la collectivité qui sera impactée. L’autodiscipline est un défi, met en garde Jean Boissinot du Trésor. L’approche “hands off” du régulateur ne pourrait sinon pas continuer. » En facilitant les échanges entre parties prenantes et en créant des éléments de comparaison, la rédaction de guides communs comme celui de l’ICMA va dans le bon sens.

[1] International Capital Market Association.

 

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