Métaux précieux

Marché international de l’or à Paris : pourquoi JP Morgan est partenaire de la Banque de France

La Banque de France compte développer à Paris des services de transactions sur l'or auprès de sa clientèle de banques centrales, jusqu’à présent proposés uniquement à Londres.

Lancement d'un marché international de l'or à Paris

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°826

Les épargnants à l'heure du risque

Dans l'édition du 29 octobre 2018 d'Alchemist, revue de la London Bullion Market Association (LBMA), Sylvie Goulard, second sous-gouverneur de la Banque de France, décrit l’ambitieux programme dans lequel est engagée la Banque de France depuis 2009 pour rénover la Souterraine, gigantesque coffre-fort dans les sous-sols de l'hôtel de Toulouse à Paris. « Alors que les services de dépôts d’or rémunérés n’étaient disponibles qu’à Londres, la Banque de France pourra les proposer à Paris, grâce au partenariat avec une grande banque commerciale active sur le marché de l’or », écrit-elle. Les Echos révélaient le 9 novembre que le partenaire de la Banque de France serait JP Morgan. L’analyse de Thi Hong Van Hoang, professeur associé en finance à Montpellier Business School.

Pourquoi Paris n’est pas, jusqu’à présent, une place de marché de l’or de l’importance de Londres ?

L’Angleterre fut le premier pays à appliquer l’étalon or en 1816, et le premier à l’arrêter en 1919 pour ouvrir un marché libre à Londres, devenu depuis le premier grand marché physique de l’or. Sous le régime de Bretton-Woods, Londres devient le principal marché privé, instauré en 1968. A Paris, l’histoire est différente. L’étalon-or prend fin en 1914, quand l’or devient nécessaire pour financer la guerre. Les transactions d’or sont de plus en plus contrôlées, puis interdites en 1939. Un marché clandestin actif apparaît entre 1940 et 1948. En février 1948, un marché officiel est ouvert à la Bourse de Paris, pour disparaître en juillet 2004. Ce marché est resté domestique malgré une tentative d’ouverture à l’international en 1968, à cause d’une infrastructure insuffisante. Par ailleurs, le régime fiscal appliqué sur les ventes d’or a aussi participé au déclin du marché de l’or à Paris.

Que signifient pour Paris le lancement d’un tel marché et le partenariat entre Banque de France et JP Morgan ?

Cela devrait accroitre l’importance de Paris sur le marché de l’or européen, dans un contexte de Brexit. Cette collaboration ouvre des services aux banques centrales avec les swaps-or-contre-devise, dépôts d’or et leasing d’or, ce qui va permettre à la Banque de France de mobiliser son stock d’or, évalué par Sylvie Goulard dans Alchimist à 2 436 tonnes en septembre 2018.

Comment expliquer le choix de JP Morgan comme partenaire par la Banque de France ?

Il s’agit du leader mondial des transactions sur l’or. JPMorgan est membre du marché de l’or à Londres, et d’un groupe dont le volume de transactions est estimé à 25 milliards de dollars par jour, sur le marché de Londres.

Des banques françaises auraient-elles pu devenir partenaires de la Banque de France pour lancer ce marché de l’or parisien ?

Celui-ci consistera en des transactions internationales, avec d’autres banques centrales. Cela nécessite un savoir-faire et un réseau international fort sur le marché de l’or mondial, que n’ont pas encore les banques commerciales françaises. En 1968, six banques françaises étaient membres du marché de l’or à la Bourse de Paris, et huit en 1982. A la fermeture du marché en juillet 2004, seul le Crédit du Nord subsiste. Cependant, les transactions du marché de l’or à la Bourse de Paris entre 1948 et 2004 étaient majoritairement domestiques. Le nouveau marché ouvert par la Banque de France est destiné aux banques centrales, donc international. 

 

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