Finance islamique

Londres devance Luxembourg dans la course aux sukuks

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Revue Banque n°774

Les assureurs à la manœuvre pour financer l'économie

Annoncé depuis des années, le premier sukuk souverain britannique a finalement vu le jour le 25 juin dernier. Londres a placé 200 millions de livres (250 millions d’euros) d’obligations islamiques à 5 ans adossées aux revenus de trois biens immobiliers publics. « L’émission a été sursouscrite près de douze fois, preuve d’un potentiel de marché très important », analyse Farrukh Raza, directeur de l’IFAAS [1]. La demande est venue d’acteurs de la finance islamique mais aussi traditionnelle, les investisseurs britanniques ayant répondu présents aux côtés de ceux du Moyen-Orient ou de l’Asie. Le « taux » de cette obligation conforme à la Charia s’est établi à 2,036 %, similaire au rendement des titres traditionnels de l’État britannique de même maturité.

Ce premier sukuk souverain d’un État non musulman devrait être suivi d’ici quelques semaines par le premier sukuk souverain d’un État d’Europe continentale, libellé, lui, en euros. Le Luxembourg est en effet en passe de finaliser un projet d’émission, également en gestation depuis des années, pour un montant de 200 millions d’euros. Une loi autorisant l’utilisation de trois biens immobiliers comme sous-jacents du sukuk devrait être votée sous peu par le Conseil d’État. La Place financière de Luxembourg est déjà bien positionnée en matière de finance islamique puisque sa banque centrale est la seule européenne à siéger à l’IFSB [2], l’institut international en charge de l’élaboration des standards de la finance conforme à la Charia. Le Luxembourg est aussi le seul État occidental membre de l’IILM [3], un cénacle dédié à améliorer la liquidité au sein des marchés financiers islamiques à travers le monde.

Pour Londres comme pour Luxembourg, l’enjeu n’est pas tant d’attirer les abondants capitaux du Golfe dans un souci de financer les dépenses publiques. « Au Royaume-Uni, il s’agit principalement de faciliter la croissance des banques islamiques britanniques qui manquent d’investissements conformes à la Charia dans leur devise, explique Farrukh Raza. De même, au Luxembourg, l’objectif est de répondre à la demande de la centaine de fonds d’investissement islamiques qui y sont domiciliés et de certaines banques privées gérant la fortune de ressortissants des pays du Golfe. » Ces émissions ont aussi une vocation pédagogique : montrer que l’émission de sukuks en Europe est possible et que les entreprises peuvent tenter l’aventure en bénéficiant d’un benchmark souverain. En France, le cabinet Legendre Patrimoine avait joué les précurseurs en commercialisant dès juillet 2012 un sukuk adossé aux revenus de centrales solaires. L’État, lui, ne semble pas pressé de suivre l’exemple londonien ni luxembourgeois.

[1] Islamic Finance Advisory and Assurance Services.

[2] Islamic Financial Services Board.

[3] International Islamic Liquidity Management Corporation.

 

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