Crowdfunding

Faillite d’Unilend : vers le déclin du financement participatif ?

Les plateformes françaises ciblent désormais des particuliers désireux de financer l’économie et les entreprises, et non plus seulement des projets sociaux et culturels, ou des start-up technologiques.

Faillite d’Unilend : vers un déclin du financement participatif ?

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°826

Les épargnants à l'heure du risque

Pionnier du crowdlending, Unilend a été placé en liquidation judiciaire en octobre dernier. Moins d’une semaine après, l’UFC Que Choisir alertait sur les risques et abus du financement participatif. Il n’en fallait pas plus à certains pour annoncer la fin d’une décennie d’engouement national pour le « love money ». Un raccourci qui agace Stéphanie Savel, présidente de la plateforme d’investissement en capital ou en obligations Wiseed, et de l’association professionnelle Financement participatif France (FPF), qui regroupe 75 plateformes françaises. « Il s’agit d’une liquidation d’entreprise comme il en existe beaucoup. Celle-ci a beaucoup fait parler, car Unilend était un précurseur et la personnalité de son fondateur, Nicolas Lesur, très médiatique. Enfin, le prêt aux entreprises par des particuliers est un métier très compliqué. »

Olivier Goy, fondateur et président du leader français des plateformes de prêt aux entreprises October (ex-Lendis), n’a pas été surpris par la chute de son concurrent. « Depuis le début de l’année 2018, Unilend a prêté 3,6 millions d’euros à des PME, là où nous en avons octroyé pour 95 millions d’euros. Aller chercher des prêteurs particuliers, comme le faisait Unilend, coûte extrêmement cher en publicité : le coût d’acquisition s’élève à 300 ou 500 euros par prêteur ! C’est pour cette raison qu’October s’appuie sur des prêteurs institutionnels, afin d’augmenter la capacité de prêts. »

Un modèle économique pousse-au-crime ?

Quant à l’enquête de l’UFC Que choisir, selon laquelle le « taux de défaut » sur ces plateformes aurait progressé de 120 %, pour toucher près d’une entreprise sur dix ainsi financée, elle est unanimement dénoncée dans le milieu du crowdfunding. « Les chiffres avancés sont faux et incompréhensibles ! », assure Olivier Goy. « Je conteste cette accusation de notre modèle économique qui serait pousse-au-crime, au motif que les plateformes se rémunèrent à la commission sur les montants prêtés », s’indigne Stéphanie Savel. L’un et l’autre admettent toutefois un certain ralentissement après l’explosion du marché au cours des quatre dernières années. « Une quinzaine de plateformes immatriculées au registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance (ORIAS) ont fermé l’an dernier, faute de prêteurs, rappelle Olivier Goy. Mais il s’agit d’un cycle très classique, que traverse tout secteur innovant. » Au premier semestre le financement en capital de start-up a baissé de 50 %, note Stéphanie Savel. « Faut-il pour autant en déduire que c’est la fin du crowdfunding en equity ? Les start-up représentent un marché risqué, pas le crowdfunding ! Les particuliers investisseurs ont acquis en quatre ans de la maturité et ils ont diversifié leurs investissements, en recherchant du plus court et du moins risqué. Désormais les plateformes ciblent ceux qui veulent financer l’économie et les entreprises, et non plus seulement des projets sociaux et culturels ou des start-up technologiques. » G. D.

 

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