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L'appétit chinois pour la finance européenne

Drapeau chine/Europe

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°813

Zone euro, union bancaire… Qu’attendre de l’ère Macron ?

Début octobre, le constructeur automobile chinois Geely – propriétaire, entre autres, de Volvo et des taxis londoniens – est devenu actionnaire majoritaire (51,5 %) de la danoise Saxo Bank. Cette marque d’intérêt des investisseurs chinois pour la finance européenne n’est pas isolée : l’hiver dernier, c’était Fosun qui était monté à hauteur de 30 % du capital de la portugaise Millenium BCP ; au printemps, HNA avait frôlé la barre des 10 % de participation dans Deutsche Bank ; et en septembre, le propriétaire de Lenovo faisait l’acquisition de la Banque Internationale à Luxembourg. « La finance européenne est la dernière forteresse difficile à abattre pour les investisseurs chinois, qui se sont positionnés depuis dix ans dans l’industrie et le tourisme, analyse Jean-François Di Meglio, directeur de l’Asia Centre. L’une des principales barrières est l’absence de réciprocité : un investisseur européen ne peut pas racheter des banques chinoises, et l’implantation d’une banque étrangère exige un niveau de fonds propres que les banques européennes ne peuvent souvent pas mobiliser. » Des portes d’entrée permettraient de contourner ces obstacles : investir dans l’assurance, comme Fosun l’a fait en 2014 avec Fidelidade, ou utiliser le Luxembourg comme plate-forme d’investissement, lui permettant notamment de s’affranchir du contrôle des capitaux aux frontières chinoises. Mais les banques spécialisées comme le courtier Saxo restent des cibles plus accessibles.

Les appels du gouvernement chinois, cet été, à moins investir à l’étranger sont-ils de nature à infléchir ces prises de participations ? Jean-François Di Meglio est sceptique : « Certes, il y a des restrictions dans un contexte de soupçons de blanchiment et suite à un emballement qui avait induit une forte baisse des réserves de change. Cette déclaration peut aussi être vue comme une forme de représailles dans le conflit qui oppose l’Europe et la Chine sur la reconnaissance de cette dernière comme une économie de marché. Mais si une cible intéressante, car décotée et stratégique, apparaît, les barrières du gouvernement chinois se lèveront. » Surtout, si la prise de participation permet de prendre les manettes de la cible ou, a minima, d’écouter et d’apprendre. Un but clairement mis sur la table par Geely et son directeur financier Daniel Donghui Li : « Nous sommes convaincus que les technologies et les produits de Saxo Bank peuvent être efficacement déployés en Asie. C’est pourquoi nous voulons acquérir davantage de parts au capital. »

 

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