Transition des indices de référence

3 Questions à Olivier Balpe, en charge du programme de transition IBOR pour le groupe Société Générale

Olivier Balpe effectue un point d'étape après la bascule de l'Eonia vers l'€STR, qui a eu lieu le 2 octobre dernier.

Olivier Balpe

Revue de l'article

Quels sont les impacts de la transition des indices de référence sur les métiers ?

En Europe, nous avons la chance d’avoir des indices EONIA et €STR proches par nature et par construction : l'adoption de l'€STR est relativement facile, à la fois dans nos systèmes et nos process. Mais elle touche tous les métiers de la banque, ce qui nécessite de fournir un effort à tous les niveaux et de mettre en place une coordination adaptée pour que tout fonctionne.

Comment s'est passé le changement du calcul de l’EONIA, lors du lancement de l’€STR ?

Globalement, la bascule s’est très bien passée. Aucun incident majeur n’a été remonté, à la fois dans les établissements et sur la Place. Un des sujets à affiner concerne cependant les conventions de Place en matière de date de publication de l’EONIA, à J+1 [1] : au niveau européen, il semblerait que nous ne soyons pas tout à fait tous en ligne. Un travail est donc à conduire au niveau des groupes de travail BCE et des associations professionnelles pour revoir la première mouture déjà publiée sur les sites et pour l’affiner afin de bien tenir compte de tous les cas particuliers et peut-être rentrer un peu plus finement dans la nature des produits.

Quels sont les efforts restant à fournir pour le remplacement des taux de référence ?

On peut citer au moins quatre actions nécessaires au remplacement des taux :

– en matière commerciale, nous devons adapter notre offre, pour nous appuyer sur les indices Risk-free Rates (RFR), et non plus sur les indices en BOR. À cet égard, l’une des questions qui se pose est : comment répliquer, dans le prix que l’on facture, la différence de valeur des indices sous-jacents ? Si les choses sont simples dans le cadre de l’EONIA/€STR [2], car nous disposons d'un taux calculé par la BCE, donc relativement inattaquable, elles se compliquent lorsque l’on commence à parler du même exercice de transfert sur les indices en BOR. C’est probablement le sujet numéro 1 de préoccupation de nos commerciaux;

– un autre sujet dont on parle beaucoup est la disparition des maturités. Nous pourrions être amenés à fabriquer des produits, jusque-là indexés sur indices BOR et comportant des maturités, et désormais indexés sur des indices du type €STR, donc des indices overnight. Cela nécessitera un effort pédagogique afin d’accompagner des clients qui ont des habitudes de taux connus à l’avance (les maturités des taux BOR) vers des calculs de taux overnight composés, et donc connus seulement en fin de période;

– un important travail de renégociation préventive et d’inclusion de clauses de fallback (clauses permettant de passer d’un indice à un autre) est à prévoir, afin d'éviter une interruption des contrats ou une possible désynchronisation dans l’application des clauses de fallback. Ces fallback sont très hétérogènes en fonction de l’âge et de la nature des produits;

– enfin, en matière de management du collatéral, les CCP vont changer de courbe d’actualisation en juin 2020, et les CSA bilatéraux (contrats réglementant la gestion du collatéral entre deux contreparties, en cas d’appel de marge) devront également être réécrits (repapering), puisqu’ils ne pourront plus s’appuyer sur l'EONIA, voué à disparaître fin 2021, mais sur l'€STR ou sur le SOFR dans le cas du dollar.

 

Propos recueillis par Anne Béchet, Journaliste

[1] Pendant la période de transition qui s’achèvera avec le remplacement définitif de l’EONIA par l’€STR en 2022, l’EONIA a été recalibré pour être publié comme l’€STR à J+1 au lieu de J selon l’ancienne méthode de calcul.

[2] Pendant la période transitoire, l’EONIA = €STR + 0,085%.

 

Sur le même sujet