Chine-Afrique

Une histoire économique et financière à écrire

Créé le

12.05.2014

-

Mis à jour le

22.05.2015

La Chine et l’Afrique ont multiplié par vingt leur commerce bilatéral entre 2000 et 2012, s’approchant ainsi des 200 ​milliards de dollars. Quelles sont les intentions des acteurs bancaires chinois sur le continent africain ?*

L’Afrique tient une place particulière dans la stratégie d’internationalisation des banques chinoises. L’explosion des échanges entre les deux pays et des investissements chinois en Afrique est la première raison de leur engagement. Il s’agit d’abord d’accompagner les entreprises chinoises qui font des affaires sur le continent africain. La China Exim Bank joue dans ce contexte un rôle de premier plan.

Le rôle de la Chine dans le développement économique de l’Afrique

La Chine a adhéré à la Banque Africaine de Développement (BAD) en ralliant les pays du Fonds Africain de Développement (FAD), en 1985. Elle participe aux initiatives de développement et de réduction de la pauvreté en Afrique, en passant notamment par l’intermédiaire de la Banque chinoise de développement (China Development Bank), la Banque import-export de Chine (China Eximbank) et le Fonds de développement sino-africain (China-Africa Development Fund, CAD Fund).

Selon les analyses de la BAD, la Chine souhaite renforcer ses investissements en faveur de la croissance économique et du développement dans les pays africains [1] . Les échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique ont ainsi crû de 20 % en 2012, pour atteindre 26,4 milliards de dollars. Fin 2012, les investissements chinois en Afrique représentaient quelque 20 milliards de dollars.

En 1996, la BAD et la Chine ont conclu un accord de coopération technique de 2 millions de dollars (secteurs de l'environnement, de l'agriculture, de l'eau et de la santé, outre des séminaires dédiés au partage des connaissances, ainsi que des voyages d'études en Chine).

En 2008, la BAD a signé des protocoles d'accord avec la China Eximbank et la China Development Bank.  Elle a également organisé, en juin 2009 à Pékin, un séminaire sur les opportunités d'affaires qui s’offrent au secteur privé chinois et aux institutions financières chinoises sur le continent africain.

Une balance commerciale en faveur de l'Afrique dominée par les matières premières

En 2000, le commerce sino-africain était de l’ordre de 10 milliards de dollars [2] . Il a décuplé en moins de 10 ans pour atteindre 100 milliards de dollars en 2008. En 2012, la Chine et l’Afrique auraient échangé presque 200 milliards de dollars. La balance commerciale entre les deux régions penche en faveur de l'Afrique. Sur les 200 milliards de dollars d'échanges commerciaux réalisés en 2012, 86 milliards étaient constitués d'exportations de la Chine vers l'Afrique contre 114 milliards d'exportations africaines.

En janvier 2012, les 30 pays africains les moins avancés ont bénéficié d'exemptions de droits de douane sur 60 % des produits exportés en Chine [3] (voir Encadré 1).

Les exportations de matières premières dominent par rapport aux biens manufacturés. Les produits à forte valeur ajoutée sont les points faibles de cette « coopération sino-africaine ». L’Afrique se limite à exporter des matières premières et de l’énergie vers la Chine et achète en échange des biens de consommation. Cette situation risque de nuire à l’industrie africaine déjà peu compétitive.

Une autre facette de la relation sino-africaine : la ressource humaine

Au cours de la période 2013-2015, le gouvernement chinois souhaite élargir sa coopération à la formation professionnelle. Ainsi, l'African Talent program a été envisagé afin de former 30 000 professionnels africains, dans des domaines allant de l'agriculture au secteur de la santé [4] . La Chine compte offrir 18 000 bourses d'études aux jeunes Africains d'ici à 2015. Elle s’apprête à construire des centres de formation professionnelle et technique. Elle devrait également envoyer 1 500 professionnels de la santé en Afrique dans le cadre de la campagne « Brightness Action ». Il s’agirait de fournir un traitement gratuit pour certains malades.

Construction d'infrastructures, formation de journalistes, installations sanitaires, recherche universitaire, pisciculture, rencontres culturelles entre jeunes Chinois et Africains en « face à face », à travers ces actions la Chine souhaite-t-elle mettre l’accent sur un développement plus centré sur l’homme ?

Les banques chinoises en Afrique : les têtes de pont de l’ex-Empire du Milieu

Un afflux de liquidités via des banques politiques

Ces dix dernières années, la Chine a investi plus de 75 milliards de dollars en Afrique, soit presque autant que les États-Unis. Sur cette somme, seul 1,1 milliard est considéré comme une aide au développement. Le reste consiste en lignes de crédit censées permettre à ses entreprises d'investir sur le continent.

Les rôles sont bien répartis : China Exim Bank s’occupe des projets politiques (voir Encadré 2). Elle est considérée comme le bras financier du gouvernement chinois. L’agence de notation Fitch estime à 67,2 milliards de dollars les prêts que la banque chinoise d'import-export a accordés à l'Afrique entre 2001 et 2010, soit davantage que la Banque mondiale (54,7 milliards de dollars). Elle est déjà à l'origine de 92 % des investissements financiers dans les infrastructures africaines entre 2001 et  2007 [5] .

Autre « banque politique » : la China Development Bank. Elle a créé et financé le Fonds de développement Chine-Afrique qui, en cinq ans, a déjà lancé plus de soixante projets pour trente pays africains. Les activités de ce fonds, d’environ 2 milliards de dollars, concernent les domaines de l'agriculture, des infrastructures, de l'industrie manufacturière, des parcs économiques et commerciaux et de l'exploitation des ressources minérales.

Les banques commerciales s’activent également

Elles financent les entreprises et les commerçants chinois, très présents sur le continent. Bank of China à Johannesburg opère depuis plusieurs années en Afrique du Sud et en Zambie et s'installe progressivement au Kenya, en Angola, à Maurice et au Nigeria. En outre, Bank of China prévoit de lancer progressivement des comptoirs commerciaux au Ghana, au Kenya, en Ouganda, en Égypte, au Maroc et au Cameroun, afin de constituer un réseau d'institutions couvrant l'ensemble du continent. L'objectif est de fournir des services financiers aux entreprises chinoises [6] . Depuis, l’établissement a accordé l'équivalent de 7 milliards de dollars de prêts au continent et a largement renforcé la compétitivité des entreprises à capitaux chinois dans les pays africains.

Les relations entre la Chine et l'Afrique prennent aussi la forme de partenariats bancaires. La filiale tanzanienne d'Ecobank a ainsi signé un accord avec Bank of China pour soutenir les investissements entre l'Asie et le continent. Elle devrait également offrir en Tanzanie un service de trading du yuan, la monnaie chinoise, au moment où les échanges commerciaux entre les deux pays atteignent 2,5 milliards de dollars. La banque sud-africaine prévoit que, d'ici à 2015, 20 % des importations et des exportations de la Chine sur le continent seront payées en devises chinoises [7] .

Donnant-donnant ?

En contrepartie à  ses crédits la Chine a un accès aux ressources naturelles de ses débiteurs pour répondre à ses besoins en matières premières. La Chine est l’usine du monde. Elle a besoin de gaz et de pétrole pour faire tourner son économie. En finançant des raffineries, des routes et des ports en eau profonde pour ses supertankers, elle s'assure un accès aux ressources dont elle a besoin [8] .

L'aide de la Chine s'accompagne également souvent du recours à  sa propre technologie et à  l’utilisation de sa propre main-d’œuvre pour construire voies ferrées, autoroutes, aéroports, bâtiments administratifs… La plupart des crédits consentis comporteraient une clause prévoyant qu'au moins la moitié des travaux soit effectuée par des entreprises chinoises.

Enfin, les financements de China Exim Bank – tout comme ceux de CDB – participent à  l'internationalisation du yuan voulue par le Parti communiste. La monnaie chinoise, qui n'est toujours pas convertible sur les marchés internationaux cherche sa place aux côtés du dollar et de l'euro. Quelque 20 % du prêt de 20 milliards de dollars récemment consenti au Venezuela ont ainsi été libellés en yuans, le reste étant financé en devises étrangères.

Pour les pays africains en quête de financements, la solution China Exim Bank est d'autant plus pratique que les prêts de l'institution ne comporteraient pas, contrairement à  ceux des banques de développement occidentales, des clauses et des conditions multiples : pas de consultant externe, pas d'ingérence, peu d'études préparatoires, pas d’études sur l'impact environnemental des projets et des fonds débloqués rapidement. En d'autres termes, cette « diplomatie du carnet de chèques  séduit beaucoup de pays. 90 pays dans le monde bénéficient déjà  des prêts chinois.

Influence économique et financière sans ingérence ?

Les banques chinoises s’engagent aujourd’hui dans une ouverture planétaire à la recherche d’opportunités sur certains continents comme l’Afrique. Même si la  balance commerciale est en faveur de l'Afrique, elle reste dominée par les matières premières. Les banques politiques chinoises en Afrique apparaissent ainsi comme les têtes de pont de l’ex-Empire du Milieu. China Exim Bank n’est autre que bras financier de la Chine en Afrique. Des questions demeurent donc posées. Sommes-nous dans un processus d’échange évolutif nouveau Sud-Sud/donnant-donnant ou dans un processus classique d’influence économique et financière basée sur une ingérence cachée ?

1 http://www.afdb.org. 2 « La Chine présente sa nouvelle stratégie pour l'Afrique », Jeune Afrique, août 2013. < desc_note id="desc-nbp-3" class="nbpDesc"> 3 Ibid.

4 Ibid. 5 Sébastien Le Belzic, « Chinafrique : ces banques chinoises qui œuvrent dans l'ombre», Jeune Afrique, mai 2013. 6 Ibid. 7 Ibid. 8 Ibid.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº773bis
Notes :
1 http://www.afdb.org.
2 « La Chine présente sa nouvelle stratégie pour l'Afrique », Jeune Afrique, août 2013.
4 Ibid.
5 Sébastien Le Belzic, « Chinafrique : ces banques chinoises qui œuvrent dans l'ombre», Jeune Afrique, mai 2013.
6 Ibid.
7 Ibid.
8 Ibid.