La baisse des commissions facturées par les asset managers aux investisseurs institutionnels pour la gestion de leurs actifs n’est pas une tendance nouvelle : elle est à l’œuvre depuis au moins vingt ans. Mais elle s’est accélérée ces dix dernières années. « Depuis la crise de 2008, on assiste à une baisse des frais de gestion significative, confirme Frédéric Petiniot, directeur général du cabinet de conseil spécialisé Amadeis, qui réalise une étude bisannuelle sur le sujet depuis 2002. La baisse des taux est un des facteurs explicatifs : en parallèle de la baisse des rendements obligataires, les sociétés de gestion ont réduit leur frais pour ne pas absorber toute la performance. » Le phénomène s’illustre particulièrement bien sur les obligations aggregate (souveraines et corporate) de la zone euro, quelle que soit la taille du mandat confié (voir graphique).
Mais ce sont aussi des dynamiques internes à l’industrie de la gestion d’actifs qui ont conduit à ce mouvement. « Les sociétés de gestion, qui avaient vu fondre leurs encours lors de la crise de 2008, ont cherché à reconstituer leurs stocks, ce qui a donné davantage de marges de négociation aux investisseurs, poursuit Frédéric Petiniot. En outre, des acteurs de très grande taille, capables d’amortir leurs coûts sur de gros volumes d’encours, se sont constitués sur la période et ont tiré les prix vers le bas. » Enfin, c’est l’essor rapide de la gestion passive et en particulier des ETF qui a pesé sur les tarifs. « La gestion indicielle est une alternative simple pour les investisseurs, explique le consultant. Son développement a accru la concurrence entre les sociétés de gestion et accentué la pression sur les frais. »
Si cette tendance est marquée pour la grande majorité des classes d’actifs (obligations, actions…), certaines y échappent dans une certaine mesure. C’est en particulier le cas pour les actifs non cotés (private equity, immobilier, dette privée…). « Ce sont des expertises de niche, pour lesquels les investisseurs sont prêts à payer un peu plus cher pour recourir aux services d’une équipe spécifique, qui a déjà fait ses preuves. En outre, les dispositifs tarifaires sont moins standardisés, ce qui rend les comparaisons plus difficiles, précise Frédéric Petiniot. Mais étant donné le développement rapide de ces gestions, il faut s’attendre à ce qu’à terme, elles soient, elles aussi, touchées par la baisse des frais. » S. L.