Technologie adjacente au bitcoin, la blockchain présente un potentiel très intéressant qui demeure cependant encore au stade de la Recherche et développement (R&D) pour le secteur bancaire.
La technologie n’est pas nouvelle : assemblage astucieux de concepts plus ou moins récents, mise en application facilitée par l’infrastructure Internet. Lorsqu’elle est publique, elle permet d’authentifier des échanges de manière sécurisée et décentralisée sans imposer la présence d’organisations certifiantes centralisées. La blockchain pourrait donc s’imposer comme une nouvelle architecture de confiance entre différentes parties et dès lors, rendre optionnelles toutes les formes d’organisations et d’institutions qui se posent en tiers de confiance ou de certification dans un contexte transactionnel. Dans un certain nombre de cas d'usage, elle permettrait également de réduire le nombre d’intermédiaires existants et de réduire les besoins en capital des banques.
Mais la blockchain, souvent présentée pour les institutions financières comme une possible alternative au système bancaire traditionnel, pourrait au contraire se révéler être pour les banques un nouvel outil à exploiter.
La technologie blockchain promet une révolution du milieu bancaire (entre autres) au cours des dix prochaines années
Bien que la blockchain soit encore peu mature, certains domaines bancaires sont d’ores et déjà identifiés comme pouvant largement bénéficier de cette technologie disruptive.
Cette technologie offre de nouvelles opportunités pour les banques, non seulement en permettant l’évolution ou la création de produits bancaires, mais aussi en ouvrant un nouveau champ des possibles avec le développement de services connexes aux produits bancaires. Son utilisation pourrait par exemple accélérer les délais de traitement des transactions, révolutionner le système de règlement actuel dans le domaine des valeurs mobilières, renforcer la transparence et la sécurisation des dérivés de gré à gré, faciliter les opérations de négoce international (trade finance), faire évoluer les systèmes de paiement actuels, ou encore faciliter le partage d’informations sur les clients (KYC – Know your customer).
Cette technologie pourrait permettre aux banques de réduire massivement leurs coûts d’infrastructure. Une étude réalisée par Santander a ainsi estimé les économies possibles pour le secteur bancaire mondial entre 15 et 20 milliards de dollars par an d’ici
Les conditions pour que la blockchain devienne une solution industrielle pérenne ne sont toutefois pas encore réunies
La capacité disruptive de cette technologie semble remettre en cause la notion de tiers de confiance et suscite beaucoup de buzz.
Les banques, elles, en sont à l’expérimentation (faisabilité de business cases et évaluation des coûts et des risques juridiques, de conformité ou encore de sécurité…). Dans une étude d’octobre 2015 au titre évocateur, « Blockchain – Don’t Believe In Miracles », le cabinet
Il est vrai que les principes inhérents à la blockchain sont aujourd’hui impossibles à généraliser sur une large échelle compte tenu des délais de traitement de masses importantes d’information. Il faudra notamment s’assurer que cette technologie peut traiter de très importants volumes de transactions. À ce stade, les performances semblent encore loin des standards bancaires dans certains domaines et la technologie n’est pas adaptée pour gérer des données enrichies nécessaires aux transactions financières. Mais la technologie évolue très vite !
D’autre part, le caractère décentralisé du réseau ne garantit pas complètement sa sécurité et la gouvernance est un enjeu capital de la blockchain.
Le passage d’un système centralisé à un système décentralisé pour parvenir finalement à un système distribué n’est pas sans conséquence sur la sécurité des données et leur auditabilité. Or c’est un prérequis pour toute application bancaire. Par exemple, la blockchain la plus répandue, celle de Bitcoin, peut être falsifiée si un participant/groupe de participants hostiles détient plus de la moitié de la puissance de calcul de la chaîne. Les blockchains dites « publiques » semblent donc difficilement exploitables pour les banques. Les blockchains dites « privées » impliquent le consensus d’un nombre limité et prédéfini de participants, ce qui suppose également que les institutions participantes s’accordent sur une même technologie. Enfin, l’usage coopératif entre initiatives de place et groupes de travail semble prometteur pour contribuer à faire émerger des usages.
Dans tous les cas, le régulateur aura un rôle de premier plan à jouer dans la surveillance de la non-falsifiabilité des chaînes de consensus. Il convient de réfléchir dès aujourd’hui à la répartition des rôles entre les trois régulateurs français, AMF, ACPR et Banque de France, ainsi que leurs homologues européens.
De nombreuses initiatives voient le jour dans le milieu bancaire, notamment chez Société Générale
La technologie blockchain suscite de nombreuses réflexions et expérimentations dans le secteur bancaire et financier. Le Nasdaq, par exemple, teste la blockchain pour simplifier les échanges d’actions entre les sociétés privées.
Au sein de Société Générale, des compétences de tous horizons ont été mobilisées pour mettre la technologie à l’épreuve. La banque participe à divers groupes de réflexion avec des confrères et des fournisseurs et échange sur les cas d’usage avec de nombreuses start-up. Nos équipes de Paris, Londres, Bangalore et New York testent différents environnements de solutions de blockchain (Ripple, Ethereum…).
L’une des initiatives les plus dynamiques a vu le jour avec le consortium R3 qui rassemble près de 50 institutions financières au niveau mondial. Société Générale participe depuis 2015 à cette initiative qui ouvre la voie à un registre distribué privé destiné uniquement aux institutions financières et développe des applications autour de scénarios purement bancaires tout en coopérant avec les banques centrales et les régulateurs de plusieurs pays.
Depuis 2015 également, Société Générale, le London Stock Exchange, UBS, le groupe boursier américain (CME Group), LCH. Clearnet et Euroclear se sont regroupés pour étudier les possibilités d’appliquer la technologie blockchain au marché des valeurs mobilières.
Plus récemment, Société Générale a annoncé sa participation à une initiative de place entre institutions financières françaises pour étudier le développement d'une infrastructure blockchain post-marché pour le segment des PME en Europe, avec pour objectif de simplifier la chaîne de traitement et de réduire les coûts et risques de contrepartie avec un délai de règlement-livraison largement raccourci. Par ailleurs, Société Générale a rejoint l’initiative de place lancée par la Caisse des dépôts (CDC), « Labchain », laboratoire d’innovation dédié aux architectures de consensus décentralisé.
À ce jour, le cadre réglementaire du secteur bancaire et l’absence de maturité de la technologie blockchain limitent pour l’instant la capacité de la Banque à aller au-delà du stade expérimental.
Mais le potentiel et l’évolution rapide de cette technologie poussent Société Générale à suivre de près ses possibilités dans le cas d’une accélération, pour saisir les opportunités qu’elle pourrait présenter. Nous réévaluons constamment notre position sur le sujet, en échangeant avec les acteurs de l’écosystème blockchain dans le monde entier, et plus particulièrement avec les autorités de régulation.