Trading haute fréquence : la régulation aurait-elle enfanté d'un monstre ?

Insaisissable trading haute fréquence (« HFT ») ! Universitaires, régulateur et professionnels, réunis à Mines Paris Tech le 30 novembre 2011, ont rebattu les cartes sur la question de ses origines.

Trading haute fréquence

L'auteur

Les traders haute fréquence sont accusés d’augmenter la volatilité des marchés ? Yann Muzika (Magnet Investment Advisors) n’écarte pas cette hypothèse, mais précise que « les problèmes actuels de volatilité ont sans doute d’autres origines que le simple HFT ».

Faut-il les accuser d’être responsables du flash crash de mai 2010 [1] ? Jean-Pierre Zigrand, de la London School of Economics, et membre d’un groupe de travail mandaté par le Trésor britannique, considère que les HFT fonctionnent la plupart du temps comme des market makers. « Parfois, reconnaît-il, les algorithmes s’emballent ». Et d’élaborer une théorie audacieuse, reprise par son confrère de la LSE, Yuval Millo, sous le regard amusé d’Olivier Burkart, de l’ESMA : « Par trop de prudence, on crée l’imprudence ».

Les deux chercheurs vont plus loin, et se demandent dans quelle mesure l’excès de réglementation n’aurait pas favorisé l’émergence du trading haute fréquence. « En contraignant la pratique, explique M. Millo, les régulateurs ont poussé les traders à une course folle à la vitesse et à l’innovation. La réduction constante des marges a également poussé les acteurs du marché à réfléchir à l’augmentation des volumes, afin de préserver leur niveau d’activité. »

Les coupe-circuit, antidote aux flash crash

En conséquence, ils se montrent opposés à une réglementation par trop restrictive. Non sans une pointe de parti pris, Jean-Pierre Zigrand, comme Yann Muzika, ne veulent pas davantage entendre parler d’une taxe sur les transactions « haute fréquence ». « Si on vient taxer le trading haute fréquence, cela le tuera à coup sûr, et la collecte sera nulle », argumente Yann Muzika.

Tous deux s’accordent à dire que le meilleur moyen de réguler le trading haute fréquence consiste à mettre en place des mécanismes de coupe-circuit « intelligents », c’est-à-dire, précise Jean-Pierre Zigrand, « pouvant être actionnés en cas de dysfonctionnement avéré des marchés, et non pour contrôler le cours d’une action malmenée suite à des annonces. »

Le fait est qu’au moment du flash crash, NYSE Euronext ne possédait pas de coupe-circuit. En Europe – exception faite des MTF – ces mécanismes sont déjà opérationnels, et expliquent, considère Jean-Pierre Zigrand, qu’aucun flash crash ne soit intervenu en Europe.

Augmenter les tick size, remède souverain ?

Charles Alexandre Lehalle, responsable de la recherche quantitative de Crédit Agricole Chevreux, estime qu’en régulant les tick size [2], les problèmes de « mauvaise » liquidité créés par les traders haute fréquence seraient résolus.

Oliver Burkart reconnaît que ces deux points sont dans la ligne de mire du régulateur. L’absence de coupe-circuit dans les MTF sera prochainement étudiée, de même que la question de l’augmentation des tick size. Mais, dit-il, « dans cette matière comme dans beaucoup de sujets liés à l’innovation financière, la complexité est grande, et le cycle de consultation, long »… Néanmoins, des guidelines sur le trading haute fréquence devraient être publiées par l’ESMA avant la fin de l’année.

[1] Le 6 mai 2010, le Dow Jones chute de 10 % pendant quelques minutes, puis remonte tout aussi rapidement. Ce « flash crash » a fait perdre en un instant 862 millions de dollars aux actions américaines.

[2] Tick size (en français « pas de cotation ») : définition de la valeur minimale entre deux prix successifs.

 

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