Banque correspondante

« SWIFT gpi répond parfaitement à ces objectifs de vitesse, de coûts bas et de transparence »

Créé le

08.02.2019

-

Mis à jour le

19.02.2019

Société Générale traite des paiements internationaux via SWIFT gpi, qui est en train de s’imposer comme le nouveau standard en la matière. Le directeur de Cash Clearing Services expose les avancées majeures permises par gpi, qui répond aux attentes des banques pour ces paiements. Société Générale fait partie des banques leaders sur ce standard et participe aux travaux d’amélioration.

En quoi consiste l’activité de Cash Clearing Services ?

Notre service rend possible l’acheminement à bon port des paiements internationaux confiés par nos clients. Une devise ne quitte pas son pays d’origine. Donc, quand un client fait un paiement international, sa banque s’en remet aux services d’une banque correspondante. Nous tenons nous-mêmes ce rôle de banque correspondante au profit des banques hors zone euro du monde entier. Plus concrètement, nous leur offrons un accès indirect aux systèmes d’échange européens au travers d’une prestation de tenue de compte, Loro pour nous et Nostro pour elles, pour rendre possible tous les paiements internationaux.

Pourquoi Société Générale s’est-elle rapidement intéressée à SWIFT gpi pour améliorer les paiements internationaux ?

Via son réseau sécurisé et ses standards, SWIFT véhicule les échanges de banque à banque pour des paiements internationaux depuis sa création dans les années 1970. Or, depuis, le monde a bien changé : il est devenu un village. Nos clients finaux, principalement les particuliers, s’attendent à pouvoir faire un règlement à l’autre bout de la terre rapidement, facilement et pour pas trop cher. Plusieurs acteurs comme Transferwise ou Moneygram se sont placés sur ce créneau en forte croissance du règlement BtoC/CtoC transfrontiers, parfois avec succès, en s’appuyant sur des modèles opérationnels que les banques hésitent à reproduire pour des raisons de tolérance au risque de conformité. La France a plutôt bien résisté à cette vague grâce à la carte bancaire. À l’inverse, les banques ont beaucoup souffert ailleurs, en Australie par exemple, ou bien se préparent comme en Chine au prochain assaut des acteurs de l’internet, devenus en peu de temps incontournables sur les paiements domestiques.

SWIFT gpi, lancé en 2016, répond parfaitement à ces objectifs de vitesse, de coûts bas et de transparence, et c’est la raison pour laquelle nous sommes vite montés à bord, dès le début du projet.

Aujourd’hui les banques participantes à SWIFT gpi se comptent par centaines. Société Générale fait partie des grandes banques, elles sont moins d’une vingtaine, leaders sur ce standard et toutes ses fonctionnalités. Depuis 18 mois, Société Générale est "live" (certifiée) pour toutes les devises et quelle que soit sa position dans la chaîne de paiement. Société Générale participe aussi aux ateliers organisés par SWIFT pour constamment enrichir le service, qui fait l’objet d’un programme pluriannuel. Le sujet suscite beaucoup d’intérêt chez les trésoriers d’entreprise, avec le développement d’offres dédiées pour les corporates autour de nouvelles fonctionnalités.

Fin décembre 2018, il y avait 116 banques live sur gpi tandis que 400 autres banques ont adhéré au service et vont le mettre en place. 55 % des paiements internationaux sont déjà gpi, simplement parce que ces 116 banques sont les plus grandes banques de la planète et traitent de la majorité des paiements internationaux.

Qu’est ce qui change concrètement pour l’utilisateur final avec SWIFT gpi ?

En devenant une banque gpi, les banques comme Société Générale prennent quatre engagements.

Le premier est de traiter les paiements dans un délai d’une journée, au minimum pour 90 % au moins des opérations. Chez Société Générale, ce sont 62 % des paiements internationaux qui sont réalisés en moins de 5 minutes. Cette performance nous place bien au-dessus du marché des banques gpi qui traitent 53 % des paiements en moins de 30 minutes !

Le deuxième engagement concerne la transparence. Les banques impliquées dans la chaîne de paiement vont rendre public entre elles les frais perçus aux différentes étapes de la chaîne de paiement, commissions et marges de change. Charge ensuite aux banques de répercuter dans leurs politiques commerciales ces évolutions aux utilisateurs finaux. Cela met donc la pression sur les prix et je suis convaincu que les prix des paiements internationaux vont continuer à diminuer dans les 5 ou 10 ans.

Le troisième engagement concerne la traçabilité des paiements. Les banques gpi s’engagent à envoyer au tracker SWIFT un statut pour chaque paiement passant dans leurs mains. Ainsi, à tout instant, les acteurs impliqués dans le paiement vont avoir une vue sur chacune de leur opération et sauront quand le bénéficiaire est crédité.

Enfin, les banques gpi s’engagent à véhiculer l’intégralité des informations transmises par la banque émettrice, pour notamment faciliter les travaux de réconciliation.

SWIFT met à disposition des banques gpi un outil permettant à chacun d’apprécier sa performance opérationnelle par rapport aux attendus du gpi, exprimés sous forme de KPI (indicateurs clés de performance). Société Générale satisfait ces exigences de qualité à 100 % depuis l’été 2018 et fait à ce titre partie des « best in class » dans le monde.

Les paiements gpi sont-ils des paiements en temps réel, ou ont-ils vocation à le devenir ?

Ce ne sont pas des paiements en temps réel. Les systèmes en temps réel aujourd’hui sont uniquement domestiques. Leur multiplication est une tendance lourde de marché : il en existait 40 dans le monde en 2018, contre 25 en 2017. Et cinq nouveaux systèmes sont déjà en préparation. Connecter ces systèmes temps réel les uns aux autres, possiblement sous l’égide de SWIFT, est sûrement la prochaine étape. SWIFT y a travaillé récemment au travers d’un PoC (preuve de concept) apparemment concluant avec des banques australiennes, singapourienne et thaïlandaise.

SWIFT gpi permet une baisse des coûts pour les clients finaux. Quels sont les bénéfices pour une banque à proposer ce service ?

Pratiquement, aucun secteur d’activité n’échappe aujourd’hui à la quatrième révolution industrielle, la révolution digitale. S’adapter ou disparaître est notre lot à tous. Se cramponner à l’existant sans préparer l’avenir serait une erreur fatale. Chez Société Générale, on s’efforce de continuer à servir nos clients en s’appuyant sur la technique éprouvée du correspondent banking, tout en regardant les solutions innovantes qui peuvent être possiblement les solutions de demain, complètement ou partiellement.

Cela fait des années que l’on prédit la mort du correspondent banking. Or ce que l’on fait avec le réseau SWIFT reste très efficace. Je ne suis pas sûr que, comme le pensent certains, tout va converger vers du temps réel à prix cassé. Aux banques de rester au centre du jeu, en apportant plus de valeur, une meilleure expérience utilisateur et surtout en restant les tiers de confiance qu’elles sont.

SWIFT gpi est en train de s’installer comme le nouveau standard du paiement international. C’est un mouvement de fond, qui s’inscrit dans notre recherche d’innovation et d’apport de valeur au client. Sans compter la meilleure expérience apportée de tous côtés par la traçabilité des opérations, qui renseigne d’emblée tous les acteurs de la chaîne et évite à tous d'inutiles charges d’investigation.

Y a-t-il des projets d’amélioration de gpi, fondés sur la blockchain notamment ?

On parle beaucoup de blockchain appliquée aux paiements. Pour le moment, nous n’avons pas rencontré de solution appuyée sur cette technologie réellement capable de remplacer le réseau SWIFT. En revanche, elle peut rendre service pour certaines briques ou morceaux de nos chaînes de traitement.

Par exemple, parmi les « pain points » dont nous souffrons tous, banques et clients des banques, il y a les alertes de conformité : les banques sont investies de la mission de surveiller et de signaler les paiements suspects, au regard des règles de sanctions et embargos des communautés, et de la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.

Chaque paiement qui entre et sort est filtré en amont par rapport aux listes sanctions et embargos. À chaque fois qu’on a un doute sur un paiement, on le bloque et on interroge nos confrères sur ces doutes. Cela induit des échanges de questions/réponses entre banques, qui prennent du temps et dégradent l’expérience client. L’usage de marché est bien de traiter ces allers/retours en moins de cinq jours, mais on n’y arrive pas toujours. L’émetteur et le client final ne comprennent pas toujours ces délais.

Des initiatives pour accélérer ces traitements voient donc le jour, comme le GCase de SWIFT ou bien le consortium IIN (Interbank Information Network). Il s’agit d’un réseau blockchain permettant aux banques d’accélérer l’instruction des alertes en dirigeant directement les investigations vers la banque émettrice. Plus de 100 banques, parmi lesquelles Société Générale et Santander en Europe, ont déjà manifesté un intérêt pour cette solution auprès de JP Morgan, à l’origine de cette initiative avec deux autres banques, l’australienne ANZ et la canadienne RBC. Chez Société Générale, nous regardons toutes les initiatives, et nous participons à l’initiative IIN.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº377